jeudi 29 juin, 2017

Échiquier politique malgache : croyance en une tripolarité douteuse

Echiquier politique malgache

Même si l’organisation des élections communales semble avoir été renvoyée aux calendes grecques, sous des prétextes fallacieux, il n’en demeure pas moins intéressant de faire le point sur l’état des forces politiques en présence, susceptibles de s’affronter lors des prochaines joutes électorales.

A priori, les élections communales serviront de test grandeur nature pour le HVM (parti présidentiel), car elles permettront de juger de la crédibilité, de la stabilité et de l’ancrage ou non du nouveau régime. En effet, et après avoir tourné le dos au MAPAR de Rajoelina, Rajaonarimampianina et son HVM, ne disposent pour le moment d’aucun élu sous leur bannière, ce qui constitue une anomalie institutionnelle et la marque d’un déficit de légitimité, ce qui peut également être source d’instabilité et de tension pour le régime et pour la vie politique en général.

Le HVM et ses certitudes

Le HVM est un parti politique qui, pour rappel, a été créé de toutes pièces après l’élection de Hery Rajaonarimampianina en tant que président de Madagascar, et qui voudrait certainement s’imposer comme le grand favori, au détriment des autres partis existants. Les membres et les sympathisants de ce parti ne font d’ailleurs pas grand mystère de leurs ambitions tant ils claironnent, à qui veut l’entendre, qu’ils ont les moyens et les capacités de battre leurs adversaires.

Ce type de provocation n’est pas nouveau, d’autant qu’on retrouve dans ce parti tous ceux dont la seule véritable motivation se caractérise par la politique du ventre, le suivisme et la crédulité dans ce qui parait nouveau ; complété par ceux dont les habitudes et la marque de fabrique est de soutenir et d’adhérer à tous les nouveaux régimes qui se succèdent à Madagascar. Il faut dire que les compensations sont parfois à la hauteur tant le catalogue des postes à pourvoir est vaste, bien que, et le plus souvent, difficilement atteignables. Qu’importe, le HVM est le parti du et au pouvoir, il dispose donc en théorie de tous les avantages et de tous les dispositifs que la puissance publique procure. Il vaut donc mieux en être que le contraire.

À contrario, l’opposition n’offre pas autant d’attraits, d’ailleurs elle n’a pour le moment pas d’existence officielle, ce qui clos temporairement le débat.

1. La croyance en la tripolarité de l’échiquier politique malgache

S’il faut en croire le matraquage médiatique et les analyses plus ou moins sommaires des uns et des autres, la redistribution des cartes après les élections de décembre 2013 mettrait en évidence trois formations politiques qui sont le HVM de Rajaonarimampianina, le MAPAR de Rajoelina et le TIM de Ravalomanana. En détail, il y a donc d’une part le HVM et ses alliés comme le MMM de Hajo Andrianainarivelo et soutenu par les députés indépendants. D’autre part le MAPAR de Rajoelina qui ne compte plus qu’une vingtaine de députés après le hold-up postélectoral opéré par le HVM. Et enfin le TIM de Ravalomanana (le Dr Robinson, candidat officiel du TIM, défait au second tour, étant depuis inaudible).

2. La croyance à considérer que le MAPAR et le TIM ne sont pas des adversaires qui inquiètent

Le HVM croit (ou fait croire) que les deux forces politiques que constituent le MAPAR et le TIM, ne sont ni un danger suffisamment sérieux, capable de l’empêcher de sortir vainqueur des prochaines élections communales, ni des forces en mesure d’inquiéter la stabilité du régime.

Le HVM estime que le MAPAR traîne suffisamment de casseroles. En effet, le HVM, en tout cas celui à qui ce parti est entièrement dédié, Hery Rajaonarimampianina, connaît les sources de financement du MAPAR de Rajoelina, et pour cause. Cela suffit pour affaiblir le MAPAR, car à Madagascar et en matière de financement des partis politiques, l’accouintance entre la corruption et le manque de transparence sont tels qu’on flirte le plus souvent avec l’illégalité. Or, n’étant plus au pouvoir, Andry Rajoelina patron du MAPAR, peinera à justifier de l’origine de ses ressources financières s’il devait mener une campagne électorale d’envergure nationale.

Ensuite, et depuis qu’il a retrouvé le statut de simple citoyen, Rajoelina n’a plus la même aura ni ascendance sur ses troupes. Les divisions internes sont palpables depuis que certains cadres du MAPAR ont choisi de rejoindre Rajaonarimampianina, ce à quoi s’ajoute une défection sans précédent dans les provinces. En outre, le MAPAR n’avait finalement comme véritable argument et attrait que Rajoelina lui-même (héros de la révolution orange) et le pouvoir qu’il détenait. Pas la moindre trace d’un projet politique fédérateur auquel les membres du parti auraient pu s’identifier. Enfin, la valse-hésitation du bureau politique du MAPAR quant au choix et à la stratégie à adopter face au nouveau pouvoir, plongent les membres et les sympathisants du parti dans le doute, car les cadres, ou ce qu’il en reste, ne savent pas s’il faut verser dans une opposition pure et dure ou s’allier avec le nouveau régime. La transhumance étant un sport national.

À propos du TIM, sa situation est du même acabit. D’abord, sa force se concentre principalement dans la seule capitale Antananarivo. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui poussent le gouvernement à redéfinir les circonscriptions électorales à Antananarivo. En morcelant et en multipliant les Mairies, on réduit d’autant le monopole que pourrait constituer le TIM.

Toutefois, il arrive au TIM de se considérer (en tout cas en apparence) comme un allié circonstanciel du HVM, plus par convenance que par conviction. Le deal consistant à se débarrasser définitivement du MAPAR de Rajoelina, en contrepartie de quoi, il serait éventuellement possible de négocier le retour de Marc Ravalomanana de son exil sud-africain. Malheureusement, et au-delà du pouvoir de décision de Rajaonarimampianina, un retour éventuel de Ravalomanana implique bien plus de parties que le HVM et le TIM. Mais faute de mieux, chacun y va de ses petites déclarations, notamment pour nourrir les espoirs ou l’orgueil, c’est selon, des partisans des deux camps.

On peut quand même noter qu’à ce jour, l’alliance de circonstance entre le HVM et le TIM a fonctionné quand il a fallu neutraliser la majorité relative du MAPAR au sein de l’Assemblée nationale. En récompense de son soutien, le TIM s’est vu offrir un poste ministériel et de vice-président au sein du Parlement. Maigre consolation pour le TIM, double objectif atteint pour le HVM, faire du TIM et du MAPAR leurs obligés, tout du moins jusqu’à ce que la roue tourne de nouveau.

3. La croyance à l’impuissance de toute autre formation politique (en dehors des deux principaux) ou de toute forme d’opposition organisée

Le HVM croit (ou fais croire également) qu’en dehors du MAPAR et du TIM, sur lesquels il a pris temporairement l’ascendant, il n’existe pas d’autres forces politiques qui pourraient constituer une menace électorale.

Effectivement, qu’en est-il des autres formations politiques ?

À certains égards, le HVM n’a pas tort, car en dehors du MAPAR et du TIM, les autres formations politiques ont soit été absorbées, soit réduites à peau de chagrin, notamment après l’épreuve des élections présidentielles et législatives de décembre 2013.

On peut citer le MMM de Hajo Andrianainarivelo qui revendique tout de même 14 députés, ou encore le MTS de Roland Ratsiraka. Tous deux ont cependant préféré le confort relatif de l’alliance relative avec le HVM. C’est ainsi que beaucoup de cadres du MMM ont intégré le gouvernement, et Roland Ratsiraka ayant opté personnellement pour le poste de ministre des Travaux publics.

En revanche, les partis comme le MDM de Pierrot Rajaonarivelo ou le MONIMA de Monja Roindefo ont disparu corps et biens, laminés et vaporisés après leur débâcle électorale.

Quant aux éléments de ZAFY Albert ou ceux qui s’en revendiquent, il semble malheureusement se noyer dans le dogmatisme principiel (boycott, exigence d’une réconciliation nationale préalable, etc.) qui leur tient tant à cœur – à tort ou à raison –, mais dans lequel ils s’embourbent et s’éloignent de la nécessité impérieuse qu’impose, parfois, la realpolitik pour éviter, ne serait-ce qu’un suicide politique.

L’AREMA de Didier Ratsiraka pourrait se refaire une virginité politique en gagnant quelques localités lors des prochaines communales, mais probablement de moindre envergure comparée à sa gloire passée et à l’ambition qu’il ne cesse jamais de nourrir. Les Verts, eux aussi, pourraient jouer un rôle sur l’échiquier politique national, mais également de moindre envergure, tout simplement parce que le poids politique du parti semble dépendre plus du charisme de sa présidente plutôt que de la qualité de ses candidats locaux.

Les forces du HVM

Ces croyances sur lesquelles le HVM repose ses certitudes ne sont pas entièrement infondées. Le parti dispose clairement d’une panoplie d’outils qui pourraient lui permettre de peser sur l’échiquier politique et partant, de s’imposer lors des élections à venir.

Il faut cependant noter que toutes les autres élections locales à venir (sénatoriales, régionales, provinciales) dépendront des élections communales. De celles-ci émergeront les « grands électeurs », ceux qui auront à élire les futurs sénateurs, et constitutive de bases électorales solides, gage de succès aux élections régionales et provinciales.

Ceci étant, le HVM pourra compter sur les avantages suivants :

  • La capacité à imposer une mainmise totale sur toutes les administrations publiques qui se trouvent sous la tutelle du régime. En clair, la capacité de mobiliser les fonctionnaires qui sont pieds et poings liés, car payés par l’État, donc par le régime – qui les tient à sa merci. Sa capacité à mobiliser tous les membres du gouvernement qui en tant qu’autorité centrale, agit sur les autorités locales comme une menace et donc une force de persuasion considérable qui peut influer sur le processus électoral.
  • Le gain colossal qu’il obtient de la désorganisation des autres partis politiques.
  • Les services que ne manqueront de rendre les nombreux opportunistes, politiques et autres, suivant la logique bien connue du clientélisme.

Disons les choses honnêtement. Il est certain que le HVM ne fédérera ni grâce à un « projet politique » ni grâce à la seule personnalité du président de la République. D’un, parce que l’électorat malgache vote plus par affinité pour le candidat que par l’existence d’un projet politique. De deux, toute forme de soutien au président de la République sera irrémédiablement entachée d’une forte dose de méfiance et de suspicion, car nul n’a oublié la façon dont Rajaonarimampianina s’est comporté avec « Rajoelina ». L’opinion n’est pas stupide, il sait que si Hery Rajaonarimampianina a osé trahir celui qui l’a fait Roi (à savoir Andry Rajoelina), alors c’est qu’il osera, sans hésitation trahir tout le monde.

Quelle que soit la pertinence, la justesse et la vertu des motivations ou encore la bonne foi qui ont poussé Rajaonarimampianina à se débarrasser de Rajoelina, celui-là même qui l’a mis au pouvoir, le spectre du Nitsipa-doha ny lakana nitàna (littéralement : donner un coup de pied à la pirogue grâce à laquelle il a pu traverser le fleuve. Se dit de celui qui s’acharne contre ceux qui l’ont aidé) lui collera à la peau et l’empêchera de gouverner correctement. Tout simplement parce que cette notion fusionne à la fois suspicion, hantise, peur, doute, méfiance, etc. Autant de sentiments et de ressentiments impropres à la confiance.

Une faille

Néanmoins, on pourrait reconnaître une faille dans la méthode HVM, le fait d’ignorer ou, tout au moins, de négliger que toutes ses certitudes pourraient cacher leurs exacts contraires et que l’invisibilité (temporaire) de ceux-ci, pourrait ne pas signifier leur complète inexistence.

Conclusion

Nous concevons qu’adopter cette grille de lecture pour analyser la situation politique à Madagascar pourrait nous induire en erreur. C’est pourquoi il ne s’agit ici que d’une tentative de clarifier les choses essentiellement à partir d’éléments visibles, représentatifs de l’état de l’échiquier politique malgache.

Le HVM devrait être conscient qu’il n’est nullement dans son intérêt (en tout cas dans le moyen et le long terme) de laisser le champ politique, qu’il prétend démocratiser, vidé d’une opposition crédible sinon d’une classe politique centriste indispensables pour animer la démocratie, faire fonctionner l’État de droit et pour garantir l’émancipation et le développement de la société. Si de telles forces politiques n’existent pas sinon n’arrivent pas à jouer convenablement leur rôle, il revient au régime (qui se déclare et se revendique) démocratique de les créer de toute urgence, du moins de faire en sorte qu’elles puissent émerger. Sinon, ce sera le régime lui-même qui courra le risque de cesser d’être démocrate sinon d’être efficace voire d’exister, comme cela a été le cas pour tous ses prédécesseurs.

Enfin, il serait très dangereux, pour un régime « démocratique », de croire, pire, de se complaire voire d’ironiser sur l’inexistence d’une opposition sérieuse. Marc Ravalomanana l’a appris à ses dépens. L’histoire politique malgache nous a amplement enseigné que les forces d’alternances (pour ne pas dire d’alternative) ne poussent jamais sur les ruines des régimes précédents (verrouillés et surveillés par le régime suivant), mais d’une autre force politique que le peuple désabusé construit par lui-même.

Ceci étant, la prudence demeure la mère de toute sûreté. Il ne faut jamais se fier de l’eau qui dort. En politique qui est, par nature, l’art de la contradiction, objet de l’incertitude et contingence, ce serait une erreur que de juger l’échiquier politique à travers seuls les éléments qui nagent en surface.

Il est plus que probable que les prochaines communales nous réservent d’autres surprises.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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