vendredi 22 septembre, 2017

Hery Rajaonarimampianina : modifier la Constitution pour dissimuler son bilan

Hery Rajaonarimampianina
Photo Credit To Euronews

Élu en janvier 2014, Hery Rajaonarimampianina, actuel président de la République de Madagascar, arrive au terme de son mandat après avoir exercé dans une relative quiétude, c’est-à-dire sans avoir été confronté à une opposition farouche de la part d’éventuels adversaires politiques ni avoir été inquiété par une quelconque contestation sociale, malgré quelques escarmouches finalement sans grandes conséquences.

Bien qu’il ait hérité d’une situation plutôt instable à l’issue des quatre (4) années de transition dirigées par Andry Rajoelina, on peut affirmer qu’un large consensus a rapidement pu s’imposer au sein de la classe politique, afin que lui et les différents gouvernements qui se sont succédé puissent exercer toutes leurs responsabilités dans un climat favorable, condition nécessaire pour une gouvernance sereine et pourquoi pas productive.

C’est donc dans un contexte relativement propice que Hery Rajaonarimampianina exerce le pouvoir et dirige Madagascar jusqu’ici.

L’heure n’est certes pas encore au bilan, même si de nombreux signaux alarmants prédisent d’ores et déjà clairement un échec de sa politique et de son projet, ce qui non seulement, et nous allons le voir, n’entame en rien ses ambitions personnelles, mais le pousse également à déclencher les hostilités et à susciter la polémique de façon strictement unilatérale.

En effet, si Hery Rajaonarimampianina persiste sur sa lancée, nous devons nous préparer à de nombreux rebondissements plus ou moins graves d’ici la fin de l’année 2018 et les futures échéances présidentielles de décembre 2018 et de janvier 2019, car il serait tout bonnement question de modifier la Constitution, sous les non moins habituels prétextes fallacieux dont se servent systématiquement les dirigeants à la tête des pays dits à faible indice démocratique.

Nous disions en préambule que Hery Rajaonarimampianina avait bénéficié d’un climat politique globalement serein tout au long de son mandat, ce qui lui a offert toute la latitude de diriger Madagascar comme bon lui semble, et c’est ce qu’ils ont fait lui et son entourage sans que personne n’ait eu les moyens d’entraver la main mise et le monopole exercé sur les institutions que sont l’Assemblée nationale et le Sénat par exemple.

Malgré cette « quasi » impunité, ils n’ont pas réussi à redresser Madagascar, ni même à enclencher une quelconque amorce de développement, cela alors même qu’ils bénéficient en plus de la bienveillance, du soutien et de la tolérance des partenaires internationaux ainsi que de la bonne conduite de l’opinion publique malgache qui a respecté tant bien que mal le « pacte informel » conclu au début du mandat présidentiel et plus ou moins respecté jusqu’ici, dans le but de leur donner une chance de prouver leur bonne foi et leurs compétences, nonobstant la très mauvaise réputation qu’ils trainaient dans leur sillage, car ils sont tous les héritiers de Andry Rajoelina et sont comptables des nombreux errements de la période de transition.

Face à ce constat d’échec partagé par la majorité des observateurs de la vie politique malgache, Hery Rajaonarimampianina fourbit les armes, d’abord pour brouiller les cartes avant l’échéance présidentielle prévue cette année, et ensuite pour s’assurer, du moins verrouiller toutes possibilités qu’il soit écarté du pouvoir (et donc des différentes prérogatives et autres avantages en matière de puissance publique), comme le prévoit la Constitution soixante (60) jours avant la date du premier tour, ce qui évidemment le mettrait dans une position délicate au vu de son bilan peu glorieux, voire nul.

Pour ce faire, il fait courir la rumeur que des entités non identifiées souhaitent encore plus de stabilité politique. Ces entités avancent donc comme solution que la Constitution soit de nouveau modifiée pour plus de sérénité.

Question : si la stabilité (entendre par là absence d’opposition politique et carte blanche pour réaliser son projet) a marqué le mandat de Hery Rajaonarimampianina, pourquoi n’a-t-il rien fait de décisif pour améliorer le sort de « tous » les Malgaches ? Est-ce une question de compétence, ou une question de priorité entre la réalisation de ses intérêts personnels et de ceux de son entourage et l’intérêt général ?

Si la Constitution est bien la cause de l’instabilité comme l’affirment les tenants du pouvoir, pourquoi avoir attendu la fin du mandat présidentiel pour s’en inquiéter ? N’était-il pas plus judicieux d’intervenir en amont et de s’assurer ainsi un contexte encore plus serein pour mettre en œuvre sa politique et réaliser son projet ?

On aura beau retourner la question dans tous les sens, on ne trouvera pas d’explication convaincante, car la vérité c’est que Hery Rajaonarimampianina n’a jamais eu de projet politique et encore moins de projet économique et social. Au lieu de cela, il s’est contenté de naviguer à vue tout au long de son mandat, d’intégrer dans sa communication personnelle toute une série d’artifice marketing politique à l’efficacité douteuse, car son manque de réalisations concrètes et palpables devient de plus en plus gênant et difficile à excuser.

Qu’est-ce qu’un mandat électoral ?
Un mandat électoral est une fonction, une charge dans une assemblée, confiée de manière « temporaire » par des électeurs à une personne élue afin qu’elle agisse par délégation en leur nom
Maintenant que les artifices marketing et les effets de langage ne suffisent plus, on entre dans le dur et on enclenche les bonnes vieilles recettes qui ont fait les beaux jours de ces dirigeants qui confondent sciemment mandat politique temporaire sanctionnée à son issue par une réélection ou non, et tentation de gouvernance à vie.

Oui, car malgré son air débonnaire et de ne pas y toucher, Hery Rajaonarimampianina n’a rien de différent de ses prédécesseurs, sauf peut-être dans la sophistication des artifices mis en place pour dissimuler toute l’étendue de son incapacité à sortir Madagascar de l’état végétatif dans lequel le pays est plongé depuis quelques années maintenant.

Sans s’en rendre compte, Hery Rajaonarimampianina est en passe de se piéger lui-même, car il aurait pu continuer à berner son monde avec son attitude lisse et sans aspérité, de continuer à paraitre comme quelqu’un qui fait des efforts alors qu’il n’en est rien, en tout cas pas dans la vie quotidienne de la très grande majorité de la population avec notamment cette recrudescence de l’insécurité qui n’épargne ni les nantis ni les indigents, et de continuer à faire des promesses à une opinion publique tellement blasée qu’elle n’a plus la force ni le courage de protester contre le sort qui lui est réservé.

A.Jao

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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