jeudi 24 août, 2017

Incarcération de deux directeurs de presse : glissement vers la dictature ?

Hery Rajaonarimampianina

« Si l’opinion est la reine du monde, il faut convenir que la démocratie est le régime politique qui met en forme sa souveraineté. Démocratie et opinion sont donc liées par un rapport originel ». (Cf. ROLLAND (Patrice), Du délit d’opinion dans la démocratie française, in Pouvoir et Liberté, Etudes offertes à Jacques Mourgeon, Bruylan, Bruxelles, 1998, p. 645.)

Partons de deux paradigmes : d’une part, « la dictature assassine d’abord les idées avant de tuer les hommes » ; d’autre part, « la liberté de presse – protégée par la loi fondamentale – est un précieux indicateur de la santé démocratique d’un pays » car, toute évolution portant sur le statut de l’opinion que la presse contribue à forger est corollaire à l’état de la démocratie.

Ceci étant, la mise sous mandat de dépôt dans la prison d’Antanimora de Monsieur Jean-Luc Rahaga, Directeur de publication du quotidien Madagascar Matin, et son directeur de rédaction, Monsieur Didier Ramanoelina, ce soir, est un signe de régression inadmissible de la démocratie à Madagascar et une privation insupportable de la liberté fondamentale du peuple.

Quelle que soit la raison invoquée par l’actuel pouvoir pour justifier cette incarcération, elle est non seulement inacceptable, mais doit également être combattue. Car, quoi qu’en dise la loi, il est à rappeler que la dépénalisation des délits de presse (et faut-il encore que la nature délictuelle de l’acte soit réellement prouvée, et non inventée de toutes pièces) est devenue, de facto, une norme universelle dans une société démocratique.

La démocratie et la presse sont liées par un rapport originel. Tout régime démocratique se doit de rechercher le soutien ou l’approbation de la population pour conduire ses politiques de développement. La presse est, justement, cet outil qui permet l’émancipation du débat public qui, par la suite, donne à l’opinion les moyens de se faire entendre.

La presse du fait qu’elle a pour fonction de s’adresser à l’ensemble de la population, complète et renforce l’action du parlement, et, par ricochet, consolide l’émancipation de la démocratie.

Bien évidemment, la loi prévoit sinon impose, à juste titre des limites à cette liberté de presse et rend chacun responsable de son fait, de sa faute et l’oblige à réparer le dommage qu’il a causé. Il ne s’agit nullement dans notre propos qu’il faille soustraire les infractions de presse à la sanction. Faut-il juste que, d’abord, le délit reproché soit prouvé, et, ensuite – une fois seulement qu’il ait été avéré –, la sanction prise à son encontre se doit être proportionnelle à la gravité qu’il exprime, au sens que cette sanction permet toujours à la liberté de presse de conserver son caractère de liberté relative.

Autrement dit, il ne sera nullement acceptable qu’une sanction à l’encontre d’un supposé délit de presse puisse altérer sinon entraver le droit et la liberté des citoyens définis et protégés par la Constitution. La limitation de cette liberté se conçoit dans le seul but de sauvegarder la démocratie – qui érige la presse comme un indispensable chien de garde – et non de protéger les tenants du pouvoir. Il faut éviter l’abus selon lequel par souci d’appliquer la loi, la persécution des professionnels de la presse revête une justification légale.

On ne peut pas tout justifier au nom de la loi

Dans une société démocratique, justement, il est d’usage qu’en matière de presse, les peines privatives de liberté ne soient quasiment plus prononcées. Dans les cas où elles le sont encore, la décision est souvent assortie de sursis. Une responsabilité pénale n’y est, désormais, plus nécessaire.

Car, là où les journalistes sont empêchés d’exercer leur métier, par l’intimidation voire par la violence physique ou par quelques manœuvres que ce soit, c’est la liberté fondamentale des citoyens qu’on assassine.
Madagascar vient à peine de sortir d’une très longue crise politique douloureuse, il aspire donc, maintenant, à une stabilité politique, à une paix sociale et à la restauration de l’État de droit. Or, manifestement, avec cette incarcération abusive des professionnels de presse, le régime malgache fait l’exact contraire de ce qu’exige cette aspiration, en glissant ouvertement vers la dictature, foyer fertile des crises et des tensions politiques.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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1 Comment

  1. Bilagnonagna

    Qu’est ce que c’est que ça? Mais ils se prennent pour qui ces gouvernants temporaires de Madagascar pour oser piétiner ainsi les droits les plus fondamentaux de la démocratie. Ou, peut-être qu’ils pensent que le processus de réconciliation nationale les sauvera de la prison vers laquelle ils sont entrain de tomber? Faisons gaffe! les nouveaux régimes commencent toujours comme ça, en profitant de la vulnérabilité de la population. Il faut faire quelques choses. Mila alàgna iô bandy aby ty fa adroba-draha fo.

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