lundi 16 octobre, 2017

Incarcération des journalistes : pris dans la nasse, le régime pose un genou à terre

Henry-Rabary-Njaka

Dernière nouvelle : « Le président de la République, Hery Rajaonarimampianina, demande, entre autres, à son ministre, Rivo Rakotovao, plaignant dans l’affaire contre les deux journalistes, de retirer sa plainte. »

 

Nous en sommes donc là. Le président, dont l’implication directe dans cette tentative ratée de museler la presse est évidente, cherche à sauver ce qui peut encore l’être de son régime, de son gouvernement et de son parti, après avoir promptement et lamentablement envoyé deux directeurs de presse en prison, suite à un jugement expéditif et abusif, dans le dessein de démontrer sa force et d’imposer une sorte de pensée unique à Madagascar.

L’indignation générale, la forte mobilisation de la presse, l’embrasement des réseaux sociaux ainsi que l’exaspération de l’ensemble de la classe politique voire des simples citoyens face à cette dérive nettement dictatoriale du régime, ont fini par faire plier les barons dédaigneux du HVM.

L’avocat Henry Rabary-Njaka, directeur de cabinet du président, qui hier encore faisait preuve d’une arrogance rare dans les colonnes du quotidien l’Express de Madagascar, apprend également à ses dépens qu’il y a certaines limites à ne pas dépasser au risque de subir les foudres de l’opinion publique.

Hery Rajaonarimampianina a, hélas, compris tardivement que son régime s’écroule de partout. Des foyers de tensions sociales s’embrasent de toute part sans que le gouvernement ni le HVM, parti qui le représente, ne soient capables d’endiguer quoi que ce soit. Ce qui corrobore l’idée qu’un remaniement du gouvernement s’annonce, de toute façon, irréversible. Les propos du directeur de cabinet n’ont fait que rajouter de l’huile sur le feu et attiser une indignation à son paroxysme.

Jamais dans l’histoire de Madagascar, on a assisté à une chute aussi vertigineuse, de façon aussi spectaculaire et rapide de la cote de popularité d’un nouveau régime élu « démocratiquement » (en réalité par 15% de la population malgache), cela après à peine 6 mois de gouvernance.

Quant aux autres conseillers du président, son état-major politique si prolixe quand il s’agit de produire un storytelling sur mesure et qui convient à leur seule vision des choses, ils sont tout simplement aux abonnés absents.

Reste maintenant à savoir comment les juges donneront suite à cette affaire d’État. Quel sera leur verdict demain face à autant de pression ? Quelle considération accorderont-ils au mea culpa tardif de leur donneur d’ordre attitré, à savoir le président de la République lui-même ?

Autre fait étrange, le silence du gouvernement est éloquent et témoigne de l’incapacité du premier ministre Kolo Roger à gérer quoi que ce soit.

Cependant, une chose est claire, Hery Rajaonarimampianina peinera à finir correctement son mandat. Par conséquent, il est plus judicieux pour nous d’étudier une option politique transitionnelle (conforme à la constitution) en adéquation avec la situation, de manière à pouvoir empêcher le pays de s’embraser de nouveau dans une situation de crise politique dévastatrice.

En tout état de cause, il semblerait qu’un processus d’alternance du pouvoir ait été déclenché plus tôt que prévu.

Crédit photo : LAN ANDRIAN – ZEN.PHOTOGRAPHY

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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