mercredi 24 mai, 2017

Journalistes incarcérés : simple fait divers ou signe annonciateur

HVM Madagascar

Dictature, bavure, piège tendu au gouvernement ? Telles sont les questions que se posent nombre d’observateurs par rapport à l’incarcération dont ont été victimes les journalistes du quotidien Madagascar Matin.

Un événement qui témoigne plutôt de la décrépitude du régime que de l’émergence d’une dictature

Il est un peu prématuré pour dire que nous sommes en présence d’une nouvelle dictature (terme souvent évoqué) à Madagascar. Certes l’interpellation et la mise sous mandat de dépôt de deux journalistes locaux suite à la publication d’un article accusant un ministre de tremper dans le juteux trafic de bois de rose, a de quoi inquiéter. D’une part par la soudaineté et la brutalité du procédé, d’autre part par la totale contradiction de cet événement majeur par rapport aux nombreuses déclarations d’intention tenues par le régime et qui prône la démocratie sous toutes ses formes.

On a donc plutôt tendance à voir dans cet évènement une accélération de la décrépitude de ce régime à peine installé. C’est la preuve de l’état de tension qui règne au sein de ce gouvernement qui s’avère incapable de trouver des solutions, que ce soit à court ou moyen terme, aux nombreux problèmes quotidiens des Malgaches.

Il n’y a pas que l’image et les compétences du gouvernement qui sont mises en cause, car le ministre qui a porté plainte contre les deux journalistes, n’est autre que le président du HVM, parti du pouvoir en place, créé pour la circonstance et dont on connait la composition hétéroclite, sorte de patchwork politique mal assemblé, sans dénominateur commun.

Le HVM est manifestement un parti impopulaire, qui n’inspire pas confiance

Le HVM est clairement un parti impopulaire, n’y adhèrent que ceux qui y trouvent un intérêt immédiat, entendre par là avantages et autres privilèges. Il ne s’agit donc pas de conviction ou de l’expression d’une volonté guidée par des principes, un programme ou un projet. L’opinion publique et les citoyens ont d’ailleurs bien fait comprendre leur rejet et leur méfiance vis-à-vis de ce énième conglomérat de politiciens qui n’a ni l’intention ni la conviction ni la motivation de se pencher sur les difficultés que vivent les Malgaches, et pour cause, ce sont les mêmes que l’on a déjà, et à maintes reprises, vu ailleurs. Un détail qui ne trompe pas, on se rappelle que ce qui aurait dû être une démonstration de force et d’adhésion populaire à ce parti, a viré au fiasco monumental il y a à peine quelques semaines.

Esseulés, rejetés par l’opinion, attaqués de toutes parts par leurs adversaires, critiqués et dénoncés par les médias et quelques observateurs de la société civile, certes parfois en mission commandée, les membres du HVM, dont les cadres sont pour la plupart ministre au sein du gouvernement actuel, font donc preuve d’une agressivité propre à ces personnes qui se retrouvent au pied du mur et qui n’ont d’autres solutions pour se défendre que de sortir les griffes. Sauf qu’ici, la réaction est clairement disproportionnée, indigne de dirigeants ayant pour mission de gérer un pays par ailleurs en très grande difficulté.

Guerre intestine, lutte pour le pouvoir et rivalités internes

Outre ce rejet par l’opinion publique, il existe également une guerre intestine au sein même du gouvernement ainsi qu’à l’intérieur du HVM, car les deux ne font finalement qu’un. Les rumeurs vont bon train sur l’éviction prochaine de l’actuel premier ministre Kolo Roger, ce qui alimente d’autant les rivalités internes, car s’il faut remplacer ce dernier, qui pour prendre sa place ? Relation de cause à effet, cette affaire tombe peut-être à point pour mettre sur la touche un futur prétendant.

En tout état de cause, on ne peut que constater que les notions comme les intérêts supérieurs de la nation, le bien commun, la sécurité des personnes et des biens ou encore la résolution des nombreux problèmes que connait la population malgache, n’ont pas prise sur l’agenda de ceux qui dirigent et gèrent le pays. Au lieu de cela, on nous offre le spectacle d’un pouvoir au relent violent, capable de tout pour faire taire les voix discordantes, manipulateur, incompétent dans ce qui devrait être son véritable rôle, schizophrène et en parfait décalage avec les urgences immédiates du pays, en somme, du déjà-vu.

(Crédit photo : TVMada)

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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