jeudi 27 juillet, 2017

KOLO Roger : déjà poussé vers la sortie ?

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À entendre les discussions qui animent les salons de la Capitale ainsi que celles échangées par les observateurs politiques nationaux comme internationaux, le mandat du premier ministre malgache Kolo Roger, nommé le 11 avril dernier, risque d’être écourté pour cause d’incompétence et d’incohérence.

La Lettre de l’Océan Indien, LOI (dans sa livraison du mois de juillet 14, N°1383), dévoile que le projet du premier ministre de réunir le secteur privé autour d’une table ronde dans l’objectif de lever des fonds pour financer les 3 fonds de solidarité s’est soldé par un échec cuisant, car manquaient à l’appel les grands opérateurs économiques, notamment ceux faisant partie du syndicat des patrons malgaches.

Le Gouvernement n’inspire pas confiance et gère mal ses dossiers

La raison de ce désaveu est simple : le premier ministre n’inspire pas confiance. Sa politique générale de l’État (PGE) présentée – en français – devant les parlementaires (dont moins de 2% sont en mesure de comprendre cette langue) au début de son mandat est jugée par les professionnels du secteur privé, comme relevant de la démagogie sinon de la fantaisie, par exemple de prévoir un taux de croissance à 7% pour cette année (ce que le commissaire européen au Développement, Andris Piebalgs, n’a pas manqué de contredire diplomatiquement) ou encore d’affirmer que l’économie malgache serait, par un coup de baguette magique, capable de créer 500.000 emplois.

Citation – Bengy mandry ambony vato : fandriagna tsara fô ny hanigny tsisy
Un bouc couché sur un rocher, la place est bonne mais il n’y a rien à manger.
(Se dit d’une situation qui parait bonne mais qui n’arrange rien)
De même, le premier ministre, Kolo Roger, tient ces derniers temps des propos qui contrastent sinon s’opposent de plus en plus à ceux tenus par le président de la République. On peut citer le cas de la compagnie nationale Air Madagascar. Il accuse – à tort ou à raison – les dirigeants de la Transition d’être responsables de la faillite de cette compagnie, or c’est l’actuel président de la République qui était en charge du ministère du Budget et des Finances durant la Transition et, par conséquent, président, en tant que représentant de l’État, du Conseil d’administration d’Air Madagascar.

Pareillement, la gestion de l’insécurité dans le sud laisse à désirer, car le premier ministre s’attaque à un problème qui n’a plus rien de conjoncturel (mais bel et bien structurel) avec des procédés ponctuels, comme cette opération « coup d’arrêt » qui prendra fin d’ici quelques jours.

Quant aux propos qui ont été tenus de façon martiale au sujet de la lutte contre la corruption, ils ne peuvent qu’être discrédités du fait qu’au sein même de l’Assemblée nationale siègent des délinquants notoires, notamment des trafiquants de bois de rose. Ce sont ces mêmes trafiquants drapés de la représentativité nationale qui menacent régulièrement le gouvernement d’une motion de censure en contrepartie d’avantages de plus en plus extravagants. Par ailleurs, l’entourage du premier ministre n’a pas à envier ceux qui mènent la danse au sein de l’Assemblée nationale, car on y trouve le même type de personnage peu fréquentable, car eux-mêmes impliqués dans les affaires douteuses et les trafics divers et variés. L’image du premier ministre n’en sort pas grandit malgré sa tentative de paraitre un homme intègre, au-delà de tout soupçon.

Pire, en trois mois d’exercice, Kolo Roger, à la fois premier ministre et ministre de la Santé, n’a pas été capable de donner confiance aux bailleurs de fonds afin que le pays puisse enfin amorcer son projet de développement. La communauté internationale s’est toujours montrée disposée à aider Madagascar et précise même que les financements prévus à cet effet sont déjà prêts. Sauf que le gouvernement malgache n’inspire absolument pas confiance, ce qui retarde sinon bloque le décaissement des dits fonds. Kolo Roger semble ne maîtriser aucun dossier, ni le dossier sécuritaire, ni le dossier économique, ni le dossier social, juridique, politique voire même la simple gestion régulière des conseils de gouvernement, etc. Tous ces déboires mettent également en exergue la mainmise du groupe Emergence de Madagascar dirigé par Holijaona Raboana, ancien conseiller économique du temps du mandat d’Albert Zafy, et qui chapeaute la stratégie économique de Kolo Roger à la primature.

L’incompétence du gouvernement était prévisible

Cependant, cette situation n’a rien d’étonnant. La responsabilité du président de la République pourrait être même mise en cause, car Kolo Roger n’avait, dès le départ (et jusqu’à ce jour) aucune base politique au sein de l’Assemblée nationale. Il semble ignorer complètement la culture politique qui gouverne le code social malgache à cause de sa longue absence du pays. Les membres de son gouvernement sont souvent nommés sur la base du népotisme, son entourage composé d’opportunistes sinon de personnes issues de son clan familial voire de la région du Menabe dont il est natif. On s’interroge, en toute légitimité, sur la raison pour laquelle le président de la République l’a choisi pour ce poste ? Était-ce uniquement pour contrebalancer le poids de Haja Resampa, candidat du MAPAR et natif de la même région que Kolo Roger ?

Un remaniement est irréversible, mais son effectivité est tributaire de la tenue des élections pour cette année

Toutefois, même si un remaniement gouvernemental s’impose plus que jamais, stratégiquement, cela ne pourrait se faire que selon deux scénarii dépendant de la tenue, ou pas, des élections communales cette année. Si les communales ont lieu cette année, alors le remaniement s’imposera dès l’issu de ces élections, car il serait inutile de remanier le gouvernement à seulement trois mois d’une échéance électorale, en prenant le risque de perturber le fonctionnement de l’administration publique. En revanche, si l’État estime qu’il n’a pas la capacité financière de supporter le coût des élections communales pour cette année, le remplacement du premier ministre s’impose maintenant, au plus tard au courant du mois d’Août.

Le président du HVM, Rivo Rakotovao, s’apprêterait à remplacer Kolo Roger

En tout cas, un remaniement est irréversible. On chuchote même au sein de l’équipe de la présidence, que le compagnon de route de Hery Rajaonarimampianina, Rivo Rakotovao, le seul ministre d’État du gouvernement, chargé des Infrastructures, de l’Équipement et de l’Aménagement du Territoire, et non moins président du parti présidentiel HVM, se prépare activement à cette échéance, car c’est lui qui serait pressenti pour remplacer Kolo Roger, en dépit de la règle non écrite de l’équilibre régional qui voudrait que le président de la République et le premier ministre ne doivent pas être issus de la même région.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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