lundi 16 octobre, 2017

Le HVM craint-il d’affronter les urnes ?

HVM

La déclaration du ministre de l’Intérieur concernant l’impossibilité pour l’État d’organiser les élections communales cette année, rend l’opinion publique dubitative, car dans le même temps, le président de la République, depuis son accession au pouvoir, n’a pas cessé de clamer et de promettre que celles-ci se tiendront en 2014.

2011 – 2014 : Aucun Maire actuel n’a été élu

Pourtant, les mandats des Maires, élus en décembre 2007, ont expiré depuis 2011. Ce qui signifie qu’à Madagascar, tous les Maires actuels n’ont plus l’onction du peuple, mais sont maintenus en place par simple décret administratif, ce qui rallonge illégitimement leur mandat.

Après les présidentielles et les législatives de décembre 2013, les communales auraient dû suivre obligatoirement, si tant est que Madagascar soit encore un État de droit qui considère la hiérarchie des normes comme une règle fondamentale qui doit régir les institutions républicaines. Ce sont les communales qui conditionnent la mise en place du Sénat, institution très importante pour Madagascar.

La CENIT doute de l’organisation des communales pour cette année. Le président, lui, tient des propos contraires

La présidente de la CENI, Madame Béatrice Attalah a pourtant interpellé le gouvernement pour demander que soit pris le décret portant organisation des communales avant que la saison des pluies (entre le mois de novembre et le mois d’avril) ne vienne perturber le calendrier électoral à prévoir. En réponse, le président de la République a rétorqué que les communales étant trop importantes à ses yeux pour être bâclées (sic), sous-entendu que s’il le fallait, il remettrait cela après la saison des pluies, comprendre en 2015. Pourtant, le HVM, parti monté de toutes pièces par le président de la République claironne haut et fort qu’il prépare cette échéance, tout en rappelant que ce serait l’une des conditionnalités permettant le décaissement des aides internationales.

La communauté internationale juge que le pouvoir exécutif souffre d’un déficit de légitimité

La communauté internationale n’est pas dupe des manœuvres désespérées du président de la République qui dans un désir profond de se tailler une virginité sur mesure, s’est empressé de rejeter ceux qui l’ont porté au pinacle et à la victoire, une fois le gain obtenu dans les urnes bien pleines des relents de la transition, de ses magouilles électorales et de ses trafics en tout genre.

Depuis, Le MAPAR de Rajoelina n’est plus que l’ombre de lui-même, sa majorité relative à l’Assemblée nationale coulée à coup de corruption active, ses élus désertant les rangs pour pratiquer la transhumance politique, sport national favori.

Cependant, Rajaonarimampianina n’en a pas pour autant acquis une majorité stable, car l’Assemblé nationale malgache a de cela d’unique, est qu’elle est sous la domination d’élus indépendants, sans parti politique d’origine, donc sans conviction ni principe ni véritable valeur à défendre. C’est avec ce genre de mercenaires politiques, toujours à l’affut du plus offrant que le président Rajaonarimampianina s’est fabriqué sur mesure une majorité brinquebalante, sans assise ni stabilité.

Les communales auraient l’occasion de corriger le tir en se drapant d’une certaine légitimité en cas de victoire du HVM, sauf que les choses ne se passent pas comme il faudrait pour le pouvoir en place, et pour cause.

Le HVM rate sa démonstration : le doute gagne l’âme du parti

Le cuisant échec de ce qui aurait dû être une démonstration de force du HVM, comme savent le faire ceux qui doutent de leur légitimité, a changé la donne.

Citation – Boka mialo-pôza : manentsigny azy an-davaka
Un lepreux (sans doigts) qui veut saisir un crabe, ne fait que le pousser (plus loin) dans le trou.
(Ici c’est risquer une opération vaine)
Ce fiasco retentissant du samedi 5 juillet dernier a ébranlé l’édifice si durement constitué du président de la République et de ceux qui travaillent à sa solde. Le stade censé contenir une foule tout acquise à la cause du HVM est resté désespérément vide malgré les appels au ralliement opéré par le service de communication surpuissant du parti au pouvoir, des députés nouvellement encartés et de tout ce que compte comme famille et relation le cercle restreint du pouvoir en place. C’est bien la preuve que même l’opinion publique a flairé le piège d’une majorité qui n’est autre qu’une coquille vide, illégitime et encombrante, voué certainement à l’échec d’ici peu.
Du coup, le doute gagne l’âme du nouveau parti. Un calcul politique a été vite fait : Antananarivo, la capitale de Madagascar, région de provenance du président de la République et celle de la plupart des cadres du HVM, rejette, du moins n’adhère pas au nouveau pouvoir. La chance pour le HVM de prétendre conquérir Antananarivo s’est retrouvée, à cet instant-là, compromise. Pris par le doute, les cadres du HVM envisageaient même de balkaniser Antananarivo pour en faire non plus une seule Mairie, mais de plusieurs, de sorte, selon eux, qu’Antananarivo stratifiée leur donnerait, au moins, une chance de gagner quelques fiefs électoraux. Mais, l’idée même de balkaniser Antananarivo a suscité dans l’opinion tananarivienne l’effet inverse de ce qu’attendait le HVM : l’amplification de la contestation. Du coup (en tout cas pour le moment), le projet semble avoir été abandonné pour éviter une bérézina électorale annoncée pour le parti présidentiel.

L’accroissement des critiques contre le régime a fini par le pousser à abandonner carrément le projet de tenir les élections communales pour cette année. Car le HVM est conscient que s’il perd cette élection, c’est la légitimité même du président de la République qui sera mis en cause. On comprend mieux donc pourquoi le ministre de l’Intérieur a pris un virage à 360° pour annuler toute éventualité d’une élection pour cette année, après l’avoir constamment défendu, il y a quelques semaines encore.

Le HVM ne séduit pas. Il est pris de doute et décide de reporter toute échéance électorale

Chose curieuse également est de constater qu’un parti présidentiel, de surcroît dirigé par des membres du gouvernement et composé de nombreux parlementaires, occasionne autant de défiance de la part de la population, alors même qu’il devrait être à son apogée. C’était aux premiers jours de leur naissance (et surtout grâce à la haute position politique qu’occupait leur fondateur) que le PSD (de Tsiranana), l’AREMA (de Ratsiraka), le TIM (de Ravalomanana) ou encore le TGV (de Rajoelina) ont eu le plus de succès et ont obtenus le plus d’adhésion populaire. Bizarrement, pour le HVM, quelques semaines seulement après sa constitution (et malgré la position de Président de la République qu’occupe Hery Rajaonarimampinaina), il peine déjà à remplir une salle (malgré les moyens financiers colossaux dont il dispose) et a du mal à recruter des talents (mais, hélas et déjà, infesté par des parasites opportunistes). Bref, il ne séduit pas.

En conséquence, le HVM estime plus sage et plus judicieux, pour lui, de reporter les élections communales ultérieurement, dans l’espoir, sans doute, de retrouver une meilleure chance ou opportunité pour mieux s’imposer.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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1 Commentaire

  1. Theo

    Il est tout de même incroyable qu’un parti présidentiel puisse craindre, à ce point (et en si peu de temps après son accession au pouvoir), une échéance électorale de si petite envergure. Cela veut-il dire clairement qu’il y a anguille sous roche. Le HVM va-t-il donc gouverner sans légitimité?

    Répondre

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