mardi 17 octobre, 2017

Leadership dites-vous ?

Jean-Max-Rakotomamonjy-et-Behavana-Raveloarivonjy-Madagascar-Sambava-26-juillet-2014

Une chancellerie étrangère a évoqué le « leadership » dont a su faire preuve Hery Rajaonarimampianina pour dénouer l’affaire opposant la quasi-totalité des médias et ayant fortement mobilisé l’opinion publique contre le ministre Rivo Rakotovao.

Quid du « leadership » annoncé

Cette déclaration officielle, puisque publiée et relatée par la plupart des quotidiens locaux, avait de quoi étonner étant donné les circonstances qui ont conduit à l’incarcération rapide et brutale de deux journalistes accusés d’avoir diffamé le ministre Rivo Rakotovao qui est également, et pour rappel, président national du HVM.

Elle avait également pour particularité de donner l’impression de vouloir faire oublier ou de balayer d’un revers de la main toute la genèse des fortes tensions politiques qui secouent actuellement Madagascar. Tout comme elle donnait l’impression de vouloir dédouaner le président Rajaonarimampianina de ses responsabilités présentes et passées, sous prétexte qu’il aurait été élu « démocratiquement », donc, dans l’imaginaire collectif, au-dessus de tout et de tous, tout en étant quasi intouchable.

Outre le fait que cette déclaration, faisant la part belle à ce fameux « leadership », soit passée à la trappe sans avoir été suffisamment expliquée et décortiquée comme il se doit, les tensions engendrées par cette affaire et plus généralement les tensions politiques qui secouent Madagascar, donnent au contraire l’impression de s’aggraver jour après jour.

Effectivement, on aurait pu en rester là et accorder le bénéfice du doute à un régime sans grande expérience et d’une légèreté peu commune en matière de gestion de l’État et des crises. Plus prompt à communiquer dans un verbiage qui s’inspire clairement des techniques d’ « enfumage » médiatique en vogue actuellement, et plus prompt à punir sans distinction ni retenue, qu’à rechercher le dialogue ou encore le compromis.

Malheureusement, nous sommes de nouveau en mesure de constater que ce régime n’a pas fini de se contredire, et puisque nous évoquions le « leadership », de nous poser également la question de ce que ce « leadership », sous-entendu « leadership » des dirigeants actuellement en place, avait à offrir, à démontrer, voire à imposer dans la conduite de l’État, dans le comportement personnel et/ou collectif des ministres et des chefs d’institution en charge du pays et de sa population.

Déplacement d’une délégation gouvernementale à Sambava pour… introniser, six mois plus tard, un député HVM

En effet, quelques jours voire quelques heures à peine après la mise au point du président Rajaonarimampianina pour tenter d’éteindre le feu, conséquence du dérapage du ministre à double casquette Rivo Rakotovao, toute une délégation composée de nombreux ministres, du premier ministre Kolo Roger et du président de l’Assemblée nationale Jean-Max Rakotomamonjy, s’est déplacée dans la ville de Sambava pour introniser publiquement un député. Député dont le cursus personnel peut, en outre, servir de référence pour comprendre ce qu’est réellement le HVM et partant d’assoir définitivement la réputation quelque peu « sulfureuse » de ce parti présidentiel.

Qu’est-ce que ce déplacement a donc à nous apprendre ?

D’abord il est étonnant de constater qu’en cette période de disette budgétaire et de grande souffrance pour la population, il faille embarquer près d’une dizaine de responsables étatiques, ministres et autres, pour introniser un simple député, évidemment tout cela aux frais des contribuables et six mois après les élections.

Ensuite pourquoi la ville de Sambava et précisément ce député, arrivé second pour l’anecdote, et dont on sait qu’il est issu de feu l’UDI, groupement de députés initié et dirigé un temps par le fameux Jean-Pierre Laisoa dit Jaovato, tristement célèbre pour son implication dans le trafic de bois de rose ? Faut-il rappeler que dans leur acharnement à vouloir à tout prix contrôler l’Assemblée nationale en partant de rien, les futurs responsables du HVM avaient initié une succession de manœuvres au sein de cette institution, notamment en regroupant les nombreux députés indépendants sous diverses entités, tels des packs, pour finalement aboutir, une fois tous ces packs dissouts et de nouveau recomposés au gré des marchandages, à une majorité. Majorité qui depuis, comme tout le monde le sait, s’est commuée en ce qu’est le HVM d’aujourd’hui.

Certes chacun déduira ce qu’il voudra, et même si les journaux de la capitale ont relaté cet imposant déplacement, les témoins présents affirment que la visite de l’hôpital local n’a pas été le véritable point d’orgue de cette escapade gouvernemental, mais bien l’intronisation de Behavana Raveloarivonjy alias Zoky Vonjy.

Quel message donnent-ils à l’opinion publique : est-ce donc cela le leadership que l’on évoque ?

En outre, les photos qui suivent nous rappellent à notre questionnement concernant ce fameux « leadership » et à la place prépondérante que l’on voudrait lui donner en matière de gouvernance. De ce que nous voyons sur l’image ci-dessous, quel message ces responsables politiques ont-ils l’intention de transmettre à l’opinion publique ? Est-ce donc cela que l’on voudrait promouvoir ? Est-ce seulement normal ? Où se trouve la frontière entre la provocation et l’indécence ? Quant à la responsabilité et l’image que l’on se fait généralement d’un homme politique, en l’occurrence un chef d’institution, c’est à chacun d’en juger. (Cliquez sur les photos pour agrandir)

Jean-Max Rakotomamonjy (président de l’Assemblée nationale) et le député Behavana Raveloarivonjy du HVM, goguenards et visiblement affairés à compter une liasse d’Ariary

Jean-Max Rakotomamonjy (président de l’Assemblée nationale) et les députés Behavana Raveloarivonjy et Jean-Pierre Laisoa dit Jao Vato

Le premier ministre Kolo Roger , le ministre Rivo Rakotovao et le ministre Horace Gatien

Le premier ministre Kolo Roger et le ministre Rivo Rakotovao

Pour en revenir au « leadership », certes il est louable de vouloir introduire des notions de la sorte, d’en faire la promotion, cependant encore faut-il savoir de quoi l’on parle, à qui l’on s’adresse et dans quel but, car il est triste de constater à quel point cette façon de mettre littéralement le pied dans le plat, peut induire en erreur l’opinion publique.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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