jeudi 24 août, 2017

Madagascar : quelles perspectives pour 2015 ?

Madagascar - Rizieres

Il est de tradition d’observer une trêve politique durant les fêtes de fin d’année. Cependant, et bien que ce soit une période de réjouissance, la réalité reprendra forcément le dessus sur les illusions, car au-delà des apparences et des traditions, subsiste toute la violence d’une société embourbée dans des problèmes inextricables.

Le but n’est pas d’entamer le morale de l’opinion et bien que les quelques jours de festivité constituent une forme d’échappatoire aux réalités du quotidien, il nous semble important de continuer à garder les pieds sur terre et d’émettre quelques souhaits pour 2015.

Avant tout, il aurait fallu faire le bilan de l’année qui vient de s’écouler ; or il s’avère que celle-ci n’a pas été des plus enthousiasmante ni fructueuse. Au-delà du contexte mondial, lui-même morose et sans grande perspective, Madagascar n’a pas avancé d’un pouce et ce n’est pas la réconciliation nationale organisée en toute hâte, à la manière d’une opération de marketing politique qui y changera quelque chose, même s’il semblait que ce ne soit qu’un prélude à de nouvelles rencontres prévues dans le courant du mois de janvier et que cela entrouvre la possibilité d’un remaniement gouvernemental. De même s’agissant des grâces présidentielles qui donnent l’impression d’avoir été ordonnées surtout dans le but de « glorifier » un chef de l’exécutif qui, par ailleurs, souffre toujours d’un énorme déficit de légitimité et de confiance.

Nous n’allons pas non plus revenir sur l’action du gouvernement et de l’Assemblée nationale qui n’ont pas changé d’un iota malgré les nombreuses critiques émises à leur encontre. On peut juste souligner que l’immobilisme ou le statu quo n’a jamais autant dominé le contexte politique, ce qui a pour effet de rassurer les uns et de dérouter les autres, tout en annihilant toute possibilité de changement.

La question est de savoir si 2015 sera de la même veine ou la donne va changer d’une façon ou d’une autre

Toujours est-il que le principal handicap de Madagascar est l’absence d’alternative. Toutes les critiques ne serviront à rien sans une « offre » politique structurée et organisée en mesure de trancher avec ce qui existe et domine les débats.

L’avenir immédiat doit être consacré à la constitution et à l’affirmation de cette alternative sur un modèle à la fois innovant, mais qui soit également basée sur des principes qui ont fait leur preuve en matière de valeurs et d’éthiques républicaines.

Cette alternative est possible, mais nous devons y mettre toutes nos forces, toutes nos convictions et tout notre savoir-faire. Des idées neuves doivent émerger et les porteurs de ces idées devront s’exprimer sans retenue, en imprégner l’opinion publique dans l’objectif de briser l’étau de l’ignorance instituée et d’ouvrir le champ des possibles, de la créativité, des propositions et des solutions.

Par ailleurs, nous avons le devoir de « mobiliser » la société malgache, de la sortir de sa léthargie, de sa torpeur et de son immobilisme contraint ou forcé. Nous devons provoquer le débat et mettre littéralement les gouvernants face à leurs responsabilités. Nous ne devons plus nous contenter de prendre pour argent comptant les déclarations « génériques » auxquelles se sont habitués les communicants du gouvernement. Nous devons les interpeller sans cesse pour qu’ils livrent l’entière vérité sur la situation du pays.

Nous ne devons plus laisser le monopole de l’initiative et de la parole au seul pouvoir en place. Il s’agit de combattre ses dogmes, de combattre ses méthodes, de combattre son idéologie, de l’obliger, s’il le faut, à changer de cap, à intégrer de nouveaux éléments en mesure de provoquer un « choc » salvateur.

Nous ne devons plus céder un seul pouce de terrain à ses méthodes de communication basées sur le populisme, la manipulation et la dissimulation. Nous devons l’obliger à adopter un langage de vérité ; un langage de vérité sur l’échec de sa politique économique, car Madagascar n’a jamais été aussi indigent et vulnérable. La population a besoin de savoir de quoi sera fait le lendemain et de s’y préparer le cas échéant.

Nous devons l’obliger à tenir un langage de vérité sur les raisons réelles du manque de confiance des bailleurs de fonds vis-à-vis des autorités en place. Qui faut-il blâmer, quelles solutions proposer pour y remédier ?

Nous devons l’obliger à tenir un langage de vérité sur le délitement de l’autorité de l’État, la défiance des autorités locales vis-à-vis des autorités de tutelle et plus généralement vis-à-vis du gouvernement et de l’exécutif. À quand des élections locales, à quand le renouvellement des Maires élus depuis maintenant sept (7) ans et donc au-delà de leur mandat, à quand la formation de la deuxième chambre que constitue le Sénat ?

Nous devons l’interpeller et le placer devant ses responsabilités s’agissant des nombreux trafics illégaux qui dorénavant font office de « modèle économique » et qui suggèrent que Madagascar est sous la coupe réglée d’organisations politico-financières qui, sur bien des points, n’ont rien à envier à un système mafieux. À quand un projet économique digne de ce nom ? À quand des sanctions exemplaires contre ceux qui bafouent les lois ? À quand la fin de l’impunité ? À quand une Justice indépendante, exemplaire et impartiale ?

Nous devons interpeller le régime sur la dégradation rapide de l’environnement dans de nombreuses régions de Madagascar, sur la coupe et le trafic illégal de bois précieux qui continuent en toute impunité, le trafic d’espèces en voie d’extinction et sur les conséquences de ces actes non seulement sur l’environnement, mais aussi sur les esprits et plus généralement sur l’insécurité, la violence et la corruption que tout cela engendre au sein de la société. À quand une prise de conscience que notre première richesse et nos principaux atouts ce sont nos concitoyens et leur bien-être, notre environnement unique, la terre, notre cadre de vie, nos ressources naturelles ?

Par ailleurs, nous devons rappeler à tous les élus que leur mandat politique est temporaire, qu’il leur a été conféré par la voie des urnes et que par conséquent, chacun d’eux est redevable de ses actions vis-à-vis des électeurs et donc du peuple.

Nous devons annihiler tout sentiment de peur et de crainte vis-à-vis de ce régime, ne pas se laisser impressionner ni intimider, car le silence volontaire fait le nid des abus de pouvoir et parfois du totalitarisme.

Ce régime manque à nombre de ses obligations, mais il se réfugie derrière le blanc-seing de la démocratie qu’il ne cesse pourtant pas, par ailleurs, de fouler au pied par des atteintes répétées aux libertés fondamentales.

Par-dessus tout, nous devons rappeler aux dirigeants actuels qu’ils n’ont pas été élus pour assouvir leurs propres intérêts, mais d’abord ceux de la population et au-delà, ceux du pays. C’est pour cela qu’ils ont été élus et qu’ils ont été mandatés. Ce message doit être clair dans leurs esprits, qu’ils en acceptent les règles, les devoirs et les contraintes ou qu’ils s’en aillent, s’ils ne se sentent pas à la hauteur des tâches qui leur incombent.

Car il suffit avec les gesticulations et les tergiversations, il suffit avec les postures indignes, il suffit avec les déclarations et les promesses sans lendemain, il suffit avec la violence institutionnalisée, il suffit avec le mélange des genres, il suffit avec l’utilisation des prérogatives de l’État à des fins personnelles ou privées, il suffit avec la corruption à tous les étages de l’administration et des institutions, il suffit avec l’arrogance, il suffit avec la provocation, l’outrance et l’indifférence vis-à-vis des millions de Malgaches qui tentent par tous les moyens de survivre, car leur silence ne signifie pas approbation, les régimes précédents en savent quelque chose.

De même que si la situation actuelle est en majorité la conséquence des actes des Malgaches eux-mêmes, nous ne pouvons pas nous empêcher d’interpeller également la Communauté internationale qui porte aussi une certaine responsabilité dans le laisser-aller actuel. Car il ne suffit pas de regretter tel ou tel choix ou telle ou telle orientation à postériori, et de regarder la situation se dégrader lentement mais surement sans réagir.

Bien entendu, nous sommes conscients que les pays partenaires les plus influents à Madagascar connaissent eux-mêmes des problèmes politiques et économiques sur le plan intérieur, mais est-ce une raison suffisante pour pratiquer une diplomatie qui ne soit pas à la hauteur ? Car chacun sait que les enjeux sont énormes à l’heure où les extrémismes se nourrissent de la peur de l’étranger pour aiguiser les ressentiments de l’opinion publique des uns et des autres. Or, l’une des solutions pour limiter les flux migratoires, et au-delà de Madagascar, c’est d’aider et de promouvoir, dans les pays d’origine, des régimes qui soient capables d’offrir à leur peuple un minimum de sécurité et de perspective d’avenir. Par conséquent, continuer à fermer les yeux sur les dérives de leurs dirigeants est contre-productif, et sans tomber dans une ingérence condescendante ou manquant de tact, il faut parfois oser taper plus fermement sur la table et d’arrêter de soutenir, même passivement, des régimes nocifs ou à l’incompétence avérée, et de favoriser l’émergence d’autres forces politiques et d’interlocuteurs plus responsables et véritablement au fait des interactions et des exigences d’un contexte mondialisé.

La situation est suffisamment préoccupante pour que chacun prenne ses responsabilités à quelle qu’échelle que ce soit. Madagascar ne peut indéfiniment demeurer dans un état « larvaire », incapable de muer, d’avancer, de changer de registre politique, économique et social.

2015 sera l’année du changement ou ne sera pas. Elle sera l’année du combat sous toutes ses formes. Elle sera l’année de l’alternative qui doit faire surface, celle qui rassemble, celle qui fait appel à la bonne volonté, à l’intelligence, à la solidarité, à l’ingéniosité et à la responsabilité de tous les Malgaches.

Elle sera surtout l’année du choix : attendre d’un régime qui conçoit sa propre notion du temps et de l’espace ou l’obliger à regarder la réalité en face, celle de son inconséquence qui chaque jour fait perdre un temps précieux à toute possibilité de développement, d’éducation et d’émancipation de la société dans toutes ses composantes.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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