dimanche 25 juin, 2017

Omer Beriziky : « le Président devrait balayer devant sa porte… »

Jean Omer Beriziky

Retranscription de l’interview de Jean Omer Beriziky paru dans le journal La Gazette de la Grande Ile du mercredi 17 juin 2015

JOB. Ce n’est pas le personnage biblique de l’Ancien Testament dont Dieu louait beaucoup la sagesse. N’empêche que Jean Omer Beriziky (initiales J.O.B.), de la sagesse il n’en a pas que peu à revendre. La communauté internationale en sait quelque chose, qui l’avait proposé comme Premier ministre de la Transition au beau milieu de la crise de 2009. L’ancien ambassadeur de Madagascar auprès de l’Union européenne ne s’en était pas mal tiré. Nous l’avons rencontré lundi à Toamasina. Et bien entendu, nous avons abordé la situation actuelle. Interview.

Monsieur Beriziky, la Haute Cour Constitutionnelle vient de se prononcer pour le rejet de la motion de mise en accusation, signée des députés aux fins de déchéance du Président de la République, autrement dit pour le maintien de l’actuel chef de l’État à la barre du pays.

J.O.B. La HCC est souveraine, donc supposée au-dessus de tout. Si sa décision a été prise en toute âme et conscience par les hauts magistrats du Palais d’Ambohidahy, tant mieux pour ces derniers qui en sont quittes devant leur âme et conscience. Pour ma part, je ne suis certes pas juriste, mais diplomate, mais je dis que comme tout le monde, on s’attendait à cette décision qui conforte Monsieur RAJAONARIMAMPIANINA. La HCC, me semble-t-il, a plutôt fait montre de « fuite en avant, mais ses argumentations me paraissent peu convaincantes.

Selon vous, la décision de la HCC est-elle juridique ou politique ?

J.O.B. Juridique, pas assez à mon avis. Plutôt politique, je le pense comme pas mal de gens. Mais on n’y peut rien : la HCC est souveraine, ai-je dit et sa décision est irrévocable, c’est-à-dire non susceptible de quelque recours que ce soit. Je fais tout de même mien l’adage selon lequel : « quand la politique entre en prétoire, la justice sort » !

La communauté internationale semble pourtant de plus en plus encline à approuver la décision de la HCC. Ne seriez-vous plus au diapason de la communauté internationale ?

J.O.B. La communauté internationale (C.I.) est à la fois proche et éloignée de nous, mais elle connait parfaitement les choses qui concernent notre pays. Son credo est tout simplement pour que Madagascar retrouve la stabilité et l’apaisement, afin de se remettre au travail et relever les défis du développement. Je dirais aussi que si la C.I. prône le rapprochement des institutions, c’est peut-être aussi parce que l’une des plus grandes vertus politiques est de ne pas perdre le sens des ensembles.

Petite parenthèse si vous le voulez bien à propos de cette communauté internationale. Ceux qui vous connaissent disent que vous avez été profondément affecté par l’annonce du prochain départ définitif de l’ambassadeur de France, François GOLDBLATT.

J.O.B. C’est vrai, je ne m’en cache pas, car je m’honore beaucoup de son amitié, et je connais très bien les sentiments sincères qui l’animent à l’endroit de notre Pays, pour l’avoir souvent reçu à Mahazoarivo. Je ne crois pas à un rappel classique d’un ambassadeur en poste dans un pays étranger pour être appelé à d’autres fonctions dans son Pays d’origine. Il y a tout lieu de croire, sans entrer dans les détails, des informations que je détiens à ce sujet, que nos dirigeants officiels ont bel et bien demandé à Paris ce rappel de M. GOLDBLATT. Ils l’ont tout bonnement « remercié », ce qui me parait maladroit à un an du Sommet de la Francophonie qui se tiendra chez nous.

Pour revenir à la situation actuelle, et à la HCC, ainsi qu’au Président de la République, que devrait faire Hery RAJAONARIMAMPIANINA pour rendre le moral aux Malgaches, lui qui est aujourd’hui un Président passablement décrié et affaibli ?

J.O.B. Je ne suis pas de ceux qui dénigrent systématiquement le Président car à la limite, ce serait antirépublicain. Le Chef de l’État devrait œuvrer désormais à la stabilité des institutions élues, comme je l’avais signalé au moment de la sortie des résolutions d’Ivato. D’aucuns pensent aujourd’hui, non sans raison que ces résolutions des assises nationales ont davantage déstabilisé aujourd’hui le Pays que réconcilié les Malgaches entre eux. Le FFKM a failli à sa mission et doit s’armer de courage et d’abnégation pour redorer son blason et reconquérir de nouveau la confiance des Malgaches en revêtant leurs habits d’authentiques ray aman-dreny. Finalement, le Pr ZAFY Albert avait raison de douter du processus initié par le FFKM car certains avaient des visées politiques inavouées.

Que proposeriez-vous également au Chef de l’État pour redorer lui aussi son blason ?

J.O.B. D’abord sur le plan économique, tout mettre en œuvre pour redonner confiance au secteur privé et aux investisseurs tant nationaux et internationaux qui sont le moteur de la croissance, et ce en améliorant le climat des affaires, ou revoir le système fiscal.
En matière internationale, je connais très bien l’Union européenne qui ne demande qu’à nous aider, mais nous tardons à ficeler les projets à soumettre à leur financement. De mon temps, le commissaire PILBAGS et l’ambassadeur TSAPIDIS étaient ouverts à nos préoccupations. L’UE ne demande qu’à ouvrir les vannes, à nous de remplir les conditionnalités y afférentes.
Quant au plan intérieur, je propose au Président de balayer sans tarder devant ses portes, car il est très mal conseillé. Et ses proches sont obnubilés par leurs intérêts personnels et partisans (HVM) que par l’intérêt général. Il serait également urgent d’écouter les administrateurs civils pour une dépolitisation de l’Administration.

Recueillis par P.J.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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