jeudi 24 août, 2017

Pour un Madagascar, Iles Unies

Madagascar

Chaque pays qui démontre une prise en main de son destin parvient dans la plupart des cas à inverser les tendances négatives d’une situation historique donnée et à asseoir une dynamique porteuse de progrès, un cercle vertueux d’essor et de croissance, par palier de 5 ans.

Madagascar ne pourra pas réintégrer les îles Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India sans un élan national de conquête et d’expansion malagasy. La négociation des richesses se base sur les rapports de forces et d’intérêts entre deux pays à la fois partenaires et concurrents et non – en aucun cas – seulement sur les affinités circonstancielles des dirigeants.

Pour parvenir à un traité équitable d’Etat à Etat et de peuple à peuple, et comme les changements majeurs de notre époque se réalisent par les réseaux horizontaux des citoyens, nous lançons l’idée d’une devise : « Madagascar, Iles Unies » que nous mettons à la disposition de tous. L’objectif déclaré : propriété aux Malagasy d’abord, accord de coopération sur la gestion après.

Avoir une même lecture de l’Histoire et partager une même vision de l’avenir. Voilà sans aucun doute le meilleur socle pour bâtir un Madagascar gagnant et conquérant, au sein duquel le Génie Malagasy pourrait s’épanouir de génération à génération dans la maîtrise de la bonne gouvernance de ses richesses, rythmée par une prospérité partagée où le bien-être de chacun et la fierté nationale découleront de source.

Mais que ceci semble relever du domaine des rêves inaccessibles et le sentiment est de plus en plus répandu que chaque jour qui passe nous en éloigne davantage.

Que pourrait-il en être autrement quand les réalités du moment plombent sans état d’âme notre désir d’un monde meilleur ? Pas un jour sans entendre parler de calamités, inondations, épidémies, famine, insécurité, meurtres, kidnappings, vols, viols, grèves… autant d’indices d’un Etat en voie de faillite. A ceux-ci viennent se rajouter les querelles politiciennes, les exigences exubérantes d’avantages déplacés, les parjures et les manquements à la parole donnée, les trafics de tous genres de l’or au bois précieux en passant par les espèces protégés et les ossements humains…

Décadence, déliquescence, anomie sociale, dégradation des mœurs, déperditions des valeurs, déclin économique… tous les termes qu’on imaginait s’appliquer à d’autres contrées ou à d’autres pays sont devenus les meilleures définitions du quotidien de la population de cette Grande Ile de l’Océan Indien dont 92% vivent en dessous du seuil de la pauvreté.

Si l’Afrique noire est mal partie comme disait René Dumont en 1962, Madagascar semble s’être bien perdu en route et s’est écarté loin de la voie du développement…

Pourtant chaque pays qui démontre une prise en main de son destin parvient dans la plupart des cas à inverser les tendances négatives d’une situation historique donnée et à asseoir une dynamique porteuse de progrès, un cercle vertueux d’essor et de croissance.

Par palier de 5 ans

Par palier de 5 ans, on a pu suivre dans l’Histoire comment des pays ravagés par la guerre ont pu se reconstruire et – mieux – reconquérir leur aura et leur puissance. C’est le cas du Japon et de l’Allemagne, deux pays de surcroit défaits lors de la Seconde Guerre Mondiale. De 1945 à 1950, puis de là jusqu’en 1960, 1970, 1980… on a pu constater comment ils sont devenus des machines de guerre économiques. De génération à génération, ces pays ont produit de l’intelligence, du travail, du labeur renforcés par une cohésion nationale elle-même basée sur un sentiment d’appartenance identitaire, un esprit de gagnant et de conquérant, une fierté nationale non dite mais vécue et transmise.

Pour nous convaincre davantage que ce genre de modèle gagnant existe, prenons le cas de la Corée du Sud. Et si nous pensons que la présence américaine y a été d’une influence fort favorable, prenons alors l’exemple du Vietnam. Egalement par palier de 5 ans, ces pays anciennement colonisés, dits sous-développés, ont su gérer leur processus d’émergence.

Et pour ne pas aller trop loin, portons notre regard du côté de nos voisins mauriciens. En 1970, quel rapport de forces existait entre l’Ile Maurice et Madagascar ? Actuellement, en l’an 2015, ce rapport a-t-il évolué et qui en est sorti bénéficiaire ? Les réponses à ces questions sont si évidentes que les malagasy évitent de les évoquer. Comme s’il fallait avouer un constat d’échec que le politiquement correct ne permet pas d’accepter.

Et enfin, si on rajoute les exemples récents de l’Ouganda – 2 ans de guerre avec la Tanzanie et 5 années de guerre civile ; du Mozambique – 15 ans de guerre civile entre FRELIMO et RENAMO – et surtout du Rwanda -20 ans après un génocide digne de l’apocalypse – qui démontrent aux yeux du monde que ce sont des pays qui fonctionnent, nous n’avons aucun argument pour justifier que notre situation actuelle de damnés de la terre proviendrait d’un quelconque déterminisme historique ou géographique. (1)

Les propos de cet article n’est pas d’assener une autoflagellation inutile. Loin de là… Mieux, nous sommes convaincus qu’une prise de conscience est en train de se généraliser au niveau des malagasy de toutes générations et de toutes régions.
Nous reparlerons bientôt de la Réconciliation Nationale mais il nous semble encore plus précieux de parler d’abord d’une vision commune de l’avenir.

Nous avons foi qu’à l’instar des autres pays du monde, Madagascar est plus que capable, par palier de 5 ans, de maîtriser progressivement l’ensemble de ses atouts environnementaux, économiques, géostratégiques et surtout humains afin de produire un développement réel, cohérent et inclusif pour tout son territoire induisant une prospérité pour toutes les franges de sa population.

Boussole et repères

Nous sommes convaincus qu’en cette phase d’obscurité, la Nation a besoin de repères, d’étoiles du berger qui lui indiqueront l’orientation du chemin à prendre, donnant ainsi une direction et un sens à l’effort commun à fournir, impliquant l’adhésion indispensable de tous.

Nous sommes persuadés que c’est la possession de ce genre de boussole indiquant où on veut aller et combien de temps cela nous prendra pour y arriver qui permettra petit à petit de corriger les écarts de conduite, les pertes de moralité, le samy mandeha samy mitady, la gestion au jour le jour… autrement dit, une vision précise de l’avenir est le meilleur remède à une Nation malade, le meilleur outil pour un changement véritable. (2)

C’est ainsi que nous sollicitons une participation de tous à la définition ensemble d’un avenir commun d’un Madagascar radieux et rayonnant. C’est à la fois un moyen d’abattre les murs qui emprisonnent nos espoirs les plus authentiques et une façon formidable de rassembler nos énergies créatrices de richesses et de mobiliser nos idées et forces pour un meilleur lendemain.

C’est bien de disserter diriez-vous mais ce serait mieux de commencer par donner un exemple.

Dans ce cas, nous vous soumettons la vision d’un Madagascar, Iles Unies.

Iles Unies qui s’opposent volontairement, vous l’auriez compris, à la notion d’Iles Eparses. Madagascar Iles Unies que l’on pourrait décliner en Madagascar United Islands et en Madagasikara Nosy Miray.

Au moment où nous sommes préoccupés par l’administration des 6 arrondissements de la Capitale Antananarivo ou par le feuilleton des rencontres des 5 présidents en quête d’arrangement politique, un enjeu géostratégique qui va impacter des générations et des générations futures est en train d’être traité presque sans nous.

L’avenir des Iles Eparses de l’Océan Indien se chiffre à plusieurs milliards d’euros de ressources énergétiques et halieutiques pour le pays qui en détiendra la Zone Economique Exclusive (ZEE) tout comme il se mesure en zone d’influence majeure politique, économique et militaire dans cette partie du globe. (3)

Soyons clair et précis : les Iles éparses (îles Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India) sont Malagasy. C’est attesté depuis le 12 décembre 1979 par les résolutions 34/91 et 35/123 des Nations Unies. (4)

Ces résolutions sont cependant réfutées par la France qui revendique avoir opérer la réintégration de ces territoires le 1er avril 1960. Aujourd’hui elle avance la notion de cogestion. Cette idée fait son chemin et semble trouver un écho favorable auprès de nos dirigeants actuels. C’est le modèle adopté par l’Ile Maurice en ce qui concerne les Iles Tromelins.

Un principe s’impose toutefois comme capital et essentiel: la négociation des richesses se base sur les rapports de forces et d’intérêts entre deux pays à la fois partenaires et concurrents et non – en aucun cas – seulement sur les affinités circonstancielles des dirigeants.

Repenser la relation entre Madagascar et la France

Cette dimension est particulièrement importante dans les relations entre la France et Madagascar. Car si l’Hexagone est rompue aux négociations commerciales et aux stratégies géopolitiques, la vision insulaire des malagasy tend à conduire leurs dirigeants successifs à mélanger les émotions (les réticences en tant qu’ancien colonisé côtoient les affinités culturelles en tant que francophone), les visions (une surestimation de l’attraction du pays au présent suite à une idéalisation du passé trouve un écho dans le culte de personnalité abreuvé par la foi en un rôle messianico-monarchique) et les intérêts financiers (encouragés à la fois par l’absence totale de transparence dans les conduites des négociations et l’impunité promise aux dirigeants qui possèdent littéralement les pleins pouvoirs dans ce genre de circonstances).

Le manquement criant des institutions parlementaires et judiciaires à leur rôle de contre-pouvoirs démocratiques augmente d’autant les risques de négociations bâclées au gré à gré.

Or, les dirigeants passent mais les intérêts du pays se transmettent en héritage aux descendants. Du côté de la France, il semblerait que les positionnements soient murement réfléchis et cohérents par rapport à la continuité de l’Etat. La France de Valery Giscard d’Estaing, Président de droite qui n’a pas suivi les recommandations de l’ONU en 1979 et qui n’a fait que corroborer le choix stratégique du Général de Gaulle en 1960, est la même France que celle de François Mitterrand, élu de gauche qui n’a pas fait avancer le dossier pendant 14 ans de règne. Tout comme Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ce ne sera pas François Hollande qui va changer de fusil d’épaule.

A Madagascar, il nous faut apprendre de manière républicaine que la mandature d’un Président est différente des missions présidentielles d’un Chef de la Nation. La préservation du patrimoine (humain et environnemental), des richesses (sol, sous-sol, mer et air) et de l’Etat (territoire et population) va au-delà des choix politiques d’un président en exercice élu pour un mandat limité dans le temps.

La conservation et le rattachement des Iles Eparses à Madagascar vont au-delà des affinités entre dirigeants sous mandat. Car que se passera-t-il si demain les dirigeants respectifs ne sont plus reconduits ? Notre analyse de la situation doit inclure tous les cas possibles y compris l’éventualité d’une présidence du Front National en France.

Que signifiera alors une cogestion de nos iles éparses entre Hery Rajaonarimampianina et Marine Le Pen ? Comment aborder cette occasion historique pour mettre en place une nouvelle relation gagnant/gagnant : accords économiques, réciprocité des visas, gestion mutuellement avantageuse des flux migratoires… ?

Pour un traité de peuple à peuple

Mais bien au-delà de notre rapport avec la France, le véritable enjeu est bel et bien avant tout de se donner les moyens de reconstruire un Madagascar fort, gagnant et conquérant. Rompre avec la décadence actuelle et s’engager dans un combat pour la reconstruction du pays et la refondation de la Nation.

Pour remettre Madagascar en ordre de marche et rassembler les compatriotes, il nous faut une vision tranchée, décidée, courageuse et affermie de notre avenir et l’avenir de nos enfants. C’est dans cette démarche que nous suggérons la devise « Madagascar, Iles Unies » pour aboutir à un traité équitable d’Etat à Etat et de peuple à peuple pour la gestion des Iles Eparses et ce quel que soit le partenaire final retenu. Propriété aux Malagasy d’abord, accord de coopération sur la gestion après.

Madagascar ne pourra pas réintégrer les îles Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India s’il n’y a pas un élan national de conquête et d’expansion malagasy. Cela ouvre une guerre de procédures, une campagne de revendications et de combats juridiques, un plan de communication pour pouvoir nous imposer à la face du monde.

Cela tombe bien car c’est exactement de cet élan vers la grandeur dont Madagascar a besoin pour sortir de sa léthargie actuelle. C’est en assumant sa place de grand pays de l’océan indien qu’il va canaliser ses énergies propres actuellement en courant alternatif ou délestées.

Et si nous nous tournons, bien entendu, vers les dirigeants et les gouvernants, notre message s’adresse surtout à tous les cercles de réflexions, aux citoyens, aux acteurs de la société civile pour ouvrir un champ de débats afin que cette idée puisse s’enrichir des apports des uns et des autres. Que les mouvements du type Wake Up Madagascar ou les groupes de réseaux sociaux prennent le relais pour propager l’idée et la vision, nous aurions accompli notre devoir. Car de plus en plus, les changements majeurs de notre époque se réalisent mieux par les réseaux horizontaux des citoyens, contre-pouvoirs salvateurs en face de la hiérarchie des décideurs politiques et financiers.

Nous sommes persuadés que notre Nation a besoin de plusieurs repères. Parmi les arguments envisageables, on pourrait retenir : Ny nosy tafaray no valamparihiko (les Iles réunies seront les limites de ma rizière). Cela nous obligera à intégrer dans nos modes de pensée et nos façons de faire les dimensions de nos espaces aérien et maritime.

Quand on sait où on veut aller, le chemin et l’effort s’habillent de sens. Les étapes de l’avancée deviennent identifiables et utiles.

Cela donnera une profondeur de vue à la réconciliation des 5 chefs d’Etat accompagnées par les 4 églises du FFKM qui pourra évoluer vers l’adhésion du Madagascar d’en bas quand il s’agit de revoir fondamentalement la souveraineté de Madagascar vis-à-vis du reste du monde, dont la France.

Cela donnera un sens et une mission aux prochaines échéances électorales à commencer par les communales et la mise en place des Collectivités Territoriales Décentralisées quand le vote ira vers ceux qui veulent œuvrer pour un Madagascar conquérant.

Une véritable Grande Ile : Madagascar, Iles Unies. Madagascar United Islands. Madagasikara Nosy Miray. Nous lançons l’idée d’en faire une devise, un slogan, un appel. Qui suit ? Qu’en pensez-vous ? A vous de jouer.

Une contribution de Tsara Jery

(1) Source : Perspectives économiques régionales : Afrique Subsaharienne. IMF.org

Croissance du PIB réel Pays à faible revenu et États fragiles
MadagascarMozambiqueOugandaRwanda
2004-085,77,88,28,6
20045,37,96,67,4
20054,68,48,69,4
200658,79,59,2
20076,27,38,65,5
20087,16,87,711,2
2009-4,16,374,1
20100,47,16,17,2
20111,87,35,18,6
20121,97,54,27,7
20132,68,45,77,5

(2) Samy mandeha, samy mitady : chacun pour soi.

(3) D’après la Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer, adoptée par l’assemblée générale de l’ONU le 16 novembre 1973, une zone économique exclusive (ZEE) est constituée de l’espace maritime sur lequel un État côtier exerce ses droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources. Elle s’étend à partir de la ligne de base de l’État jusqu’à 200 milles marins – soit environ 370 km – de ses côtes au maximum. Juan de Nova est à 150km des côtes malgaches ; Les Îles Glorieuses à 220 km ; Europa à 300km ; Bassas da India à 380km; Tromelin à 600 km. Elles sont à 8500 km de la France et à 535km de la Réunion (Tromelin) pour les plus proches.

(4) Les résolutions 34/91 et 35/123 de l’ONU

Le 12 décembre 1979, l’Assemblée générale a adopté la résolution 34/91 par 93 voix contre 7, avec 36 abstentions. Dans le préambule de la résolution, l’Assemblée a évoqué la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux. Puis dans le dispositif, elle a :
– réaffirmé la nécessité de respecter scrupuleusement l’unité nationale et l’intégrité territoriale d’un territoire colonial au moment de son accession à l’indépendance ;
– pris note de la résolution sur les îles Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India adoptée par le Conseil des ministres de l’Organisation de l’Unité Africain (OUA) à sa 33e session ordinaire ;
– invité le Gouvernement français à entamer sans plus tarder des négociations avec le Gouvernement malgache en vue de la réintégration des îles précitées, qui avaient été séparées arbitrairement de Madagascar ;
– demandé au Gouvernement français de rapporter les mesures portant atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de Madagascar et de s’abstenir d’en prendre d’autres qui auraient le même effet et pourraient affecter la recherche d’une solution juste au différend.
Dans la résolution 35/123 du 11 décembre 1980, l’Assemblée a :
– engagé le Gouvernement français à entamer d’urgence avec le Gouvernement malgache les négociations prévues dans la résolution 34/91, en vue de trouver à la question une solution conforme aux buts et principes de la Charte des Nations Unies.

 

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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