mercredi 24 mai, 2017

Régime Hery Rajaonarimampianina : remanier intelligemment ou chuter stupidement

Madagascar Population

Sommaire

  • Le président de la République et son parti HVM souffrent d'une illégitimité flagrante
  • Son gouvernement est le pire que Madagascar ait connu de toute son histoire
  • Rien ne sert d'insister : quand c'est mauvais, c'est mauvais
  • S’il veut perdurer à ses fonctions, le président de la République n'a qu'un choix : remanier
  • « Remanier bien » consiste à prendre le courage et la décence de se débarrasser des ministres et de tout élément dont l’incompétence n’est plus à prouver

Une règle historique : un coup d’État n’est pas le mal en soi, il n’en est que le symptôme.

Le samedi 30 août 2014, des éléments de l’armée du Lesotho investissent le quartier général de la police dans la capitale, afin, selon eux, de désarmer des policiers qui voulaient fournir des armes à des manifestants qui avaient l’intention de tenir un rassemblement contre le gouvernement. Si le premier ministre Thomas Thabane [Le Monde du samedi 30/08/14], qui depuis s’est réfugié en Afrique du Sud, dénonce un coup d’État, l’armée assure qu’il n’en est rien.

Cette situation nous rappelle clairement qu’un régime ne peut pas gouverner s’il souffre de légitimité. Les artifices juridiques qui servent à décorer un régime d’une « légalité » de façade ne suffisent pas pour faire une autorité ni pour prétendre gouverner un pays. Cela nous enseigne qu’un coup d’État n’est pas le mal en soi, il n’en est que le symptôme [Illusoire interdiction des coups d’État].

Le président de la République et son parti HVM souffrent d’une illégitimité flagrante

Depuis son accession au pouvoir le 25 janvier 2014, le régime dirigé par le président malgache Hery Rajaonarimampianina souffre de la même tare.

Tel un « pantin » dépourvu d’une personnalité propre, candidat de substitution sans organisation politique lui appartenant et défendant ses convictions, sa victoire n’a été possible que grâce à la bienveillance de la Communauté internationale et à l’engagement matériel, financier, idéologique et humain de son mentor Andry Rajoelina, qu’il s’est précipité d’éliminer brutalement une fois élu [Madagascar présidentielles 2013, 2è tour : le MAPAR EN ACTION]. Sans élus au sein du Parlement, il nomme pourtant aux forceps et en violation manifeste de la Constitution un Premier ministre [Mapar – Accent sur le respect de la Constitution] sans aucune expérience et affublé des mêmes tares que lui, c’est-à-dire sans base politique, sans parti, et qui en réponse à son propre isolement, ethnicise les membres de son cabinet pour se protéger et espérer ainsi perdurer plus longtemps au pouvoir [Primature: verrouillée par les originaires de Morondava].

Par ailleurs, pour pouvoir gouverner, le président de la République a cru judicieux de s’appuyer sur des politiciens pour la plupart soupçonnés, à raison, de tremper entre autres dans le trafic illégal et juteux du bois de rose [Bois de rose : Jaovato doit s’en mordre les doigts]. Certains affirment ouvertement qu’ils n’ont pas peur de l’État, car selon eux et sans leur soutien durant la campagne présidentielle, le président n’aurait pas été élu [Maminiriana Jean Eddy: tsy matahotra fanjakana]. Telles sont les racines du mal.

Son gouvernement est le pire que Madagascar ait connu de toute son histoire

Un gouvernement d’une rare incompétence qui précipite jour après jour Madagascar dans le chaos, pour preuve la prolifération de nombreux foyers de tension et l’aggravation de l’insécurité [MANDOTO – Cent irréductibles bandits narguent les forces de l’ordre].

L’incapacité des forces de l’ordre (dont l’organisation hiérarchique est à l’image de celle des malfaiteurs qu’elle est supposée combattre) à endiguer les actes de banditisme, notamment, dans le sud avec un nombre incalculable de victimes [Insécurité dans le Sud – « Seules, les forces de l’Ordre n’y arriveront jamais ! »].

L’incapacité de la justice à faire respecter les lois, quand elle n’en tire pas elle-même profit à travers un système de corruption élaborée, causant ainsi la désaffection totale des citoyens à son égard [Le viol banalisé à Madagascar – jusqu’où la tolérance].

La multiplication des actes d’assassinat [Toamasina – Un billetteur abattu à l’entrée de la mairie], de kidnapping [Les enlèvements, un problème majeur d’insécurité à Madagascar].

L’incapacité de l’État à retrouver la confiance de la Communauté internationale qui le prive des fonds nécessaires au redressement du pays, ce qui aggrave d’autant une pauvreté endémique et contribue à mettre à cran l’opinion. En réponse, les barons du gouvernement n’ont rien trouvé de mieux que d’instaurer un climat de peur et d’intimidation en se livrant à des actes liberticides notamment contre les journalistes [A Madagascar, l’emprisonnement de deux journalistes provoque la colère des écologistes], contre les grévistes d’Air Madagascar[Air Madagascar : la reprise ne se décrète pas], ou contre les employés de la Jirama [Intimidations envers les employés – Surtension à la Jirama !], qui, tous, ont été traînés au Tribunal pour des faits qui ne devraient pas relever de la justice, sauf si l’intention est de détourner le rôle de cette institution à des fins de répression politique.

À cela s’ajoute la manifestation quotidienne et lancinante de l’incompétence des ministres dans leur domaine respectif.

Aux Affaires étrangères [Note verbale aux Ambassades : 130 personnes interdites de sortie du territoire]. Acte liberticide qui vise à interdire de sortie du territoire un peu plus d’une centaine de personnes, sans motif clair et motivé. Incapacité à rétablir la confiance de la Communauté internationale. Favorable au maintien de citoyens malgaches en exil pour des raisons politiques.

Au Transport [Le ministre des Transports sur le sit-in d’Air Mad : la voix de son maître]. Dérive dans la gestion des revendications socioprofessionnelles, telle que le traitement réservé aux grévistes d’Air Madagascar et d’autres secteurs d’activité. Soupçon de corruption liée à la revente de véhicules saisis à la douane et revendus sous forme de pièces détachées sans autres explications sur les détails d’un tel processus.

À la Défense nationale [Madagascar : le vol de zébus vire au meurtre de masse]. Incapacité à établir une politique de sécurité publique sérieuse pour endiguer les meurtres de masse dans le sud, l’aggravation alarmante de l’insécurité en milieu urbain et la corruption organisée au sein des forces armées et de l’ordre.

À la Communication [Son inertie face aux menaces des lois liberticides contre la presse : Rasoanaivo, à Madagascar, l’article 20 de la loi contre la cybercriminalité légalise la dictature]. Approbation d’actes liberticides visant à bâillonner la presse.

À l’Environnement [Anthelme Ramparany : un ministre du trafic de bois de rose]. Soupçon de collusion du ministre avec les trafiquants de bois de rose et refus manifeste d’éradiquer ce trafic malgré toutes les informations disponibles et vérifiables faisant état d’une augmentation sans précédent des exportations liées à ce trafic illicite.

À l’Intérieur et à la Décentralisation [Loi sur la Décentralisation : le découpage d’Antananarivo renvoyé]. Volonté de politiser l’administration publique et incapacité à préserver l’intérêt national à travers l’échec de la loi sur la décentralisation visant à balkaniser la capitale Antananarivo à des fins purement politiciennes.

À l’Agriculture [Invasion – Des criquets étouffent la capitale]. Incapacité avérée à lutter et à gérer correctement les catastrophes naturelles pourtant prévisibles comme l’invasion acridienne. Même la capitale en a fait les frais malgré les nombreux fonds alloués au ministère pour combattre ce fléau, etc.

Plus généralement, le HVM, parti politique créé sur le tas, fait de bric et de broc, sans historique ni bilan, souffre de la même illégitimité que son créateur Hery Rajaonarimampianina [Antananarivo: Gymnase couvert aux ¾ vide pour le parti Hvm]. Certains barons du régime violent publiquement et en toute impunité les lois [Madagascar : l’État de droit selon Henry Rabary-Njaka…] (usurpation par le chef du cabinet de la présidence d’un pouvoir lui conférant la prérogative de commander le premier ministre), etc.

Rien ne sert d’insister : quand c’est mauvais, c’est mauvais

Incapables de gérer convenablement quoi que ce soit sur le plan intérieur, les deux têtes de l’exécutif n’en ont cependant cure. Alors que le pays glisse doucement vers le chaos social et politique, le premier ministre Kolo Roger continue d’user et d’abuser des deniers publics dans des voyages qui n’ont pas objectifs précis sinon peut-être l’autoglorification qu’offrent les apparats du protocole [Roger Kolo : bref entretien avec le PM chinois]. Son intérêt pour les affaires nationales est à l’image de ses déclarations fantaisistes [Assemblée nationale – Le programme de Roger Kolo laisse à désirer].

Quant au président de la République, celui qui devrait donner l’exemple en pareille circonstance, son propre tour du monde semble l’accaparer lui et sa famille [De retour du Vatican : Hery Rajaonarimampianina furieux contre « La Gazette »], cela bien entendu au frais des contribuables.

Cette somme d’incompétence et de provocation mènera très certainement à une situation de non-retour si des décisions rapides et radicales ne sont pas prises. Dire cela ne relève pas de la démagogie, car faut-il rappeler que Madagascar fait toujours partie des pays qui sont toujours sous la menace d’un coup d’État selon certains analystes politiques tel que de Jay Ulfeder [Risque de coup d’État : Madagascar en 2ème position après la Guinée et A worrying map of the countries most likely to have a coup in 2014].

Si les deux têtes de l’exécutif ne semblent pas s’en soucier, en coulisse pourtant, la Communauté internationale ne cesse de presser le président de la République de se débarrasser de son premier ministre et des éléments qui forment ce que l’on peut désormais appeler un système « politico mafieux » logé au cœur même de l’État et des institutions.

S’il veut perdurer à ses fonctions, le président de la République n’a qu’un choix : remanier

Une telle affirmation ne signifie pas que qui que ce soit lui veut du mal, au contraire c’est le pousser à prendre ses responsabilités qui engagent non seulement sa personne, mais d’abord et avant tout l’intérêt national.

Un coup d’État ou toute autre forme que pourrait prendre le renversement de l’exécutif n’est pas souhaitable pour Madagascar. Cependant continuer à faire la sourde oreille et à jouer la montre ne fera que précipiter les événements. L’histoire politique de Madagascar est assez éloquente à ce sujet.

« Remanier bien » consiste à prendre le courage et la décence de se débarrasser des ministres et de tout élément dont l’incompétence n’est plus à prouver

Même s’il semble acquis que le remaniement n’est plus qu’une histoire de temps, en tout cas du point de vue de la Communauté internationale, il vaut tout de même mieux prévenir qu’il n’est pas question de remettre en scelle les ministres qui occupent actuellement les postes suivants : Affaires étrangères, Aménagement du territoire, Défense nationale, Intérieur et Décentralisation, Agriculture, Élevage, Environnement, Communication, Pêche, Santé, Transport et Énergie.

Dans le cas contraire, et sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, le président lui-même finira tôt ou tard par faire les frais de son aveuglement et de son entêtement à vouloir forcer un destin qui n’était déjà pas le sien au moment même de sa candidature aux présidentielles de décembre 2013.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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