jeudi 24 août, 2017

Sommet USA-Afrique : quelles leçons à tirer pour Madagascar ?

Barack Obama Sommet USA/Afrique

Le sommet USA-Afrique qui s’est tenu trois jours durant à Washington vient de s’achever. Près d’une cinquantaine de chefs d’État africains y avaient été conviées à l’invitation du président Barack Obama pour évoquer les futures relations que les États-Unis comptent bien entretenir avec le continent africain.

Plusieurs thèmes y ont été abordés dont les enjeux sont à la fois politiques, mais surtout économiques. On peut citer entre autres l’objectif pour les États-Unis de tenter de reprendre la main sur le business africain et de reconquérir sa place de leader économique sur le continent en comblant son retard commercial notamment face à la Chine et dans une moindre mesure l’Union européenne et quelques pays des BRICS.

Sur le plan politique, il s’agissait d’évoquer également quelques notions bien connues comme l’état de droit, la bonne gouvernance ou encore la lutte contre la corruption, mais aussi la sécurité, notamment s’agissant de la menace terroriste dont le continent africain est devenu l’une des bases arrière et le théâtre d’opérations de plus en plus violentes.

Suivi et relaté par beaucoup de médias, notamment africains, ce sommet n’a pas déclenché l’enthousiasme espéré chez ces derniers. Au contraire, des critiques parfois acerbes sont venues tempérer des espoirs et des attentes quelque peu déçus.

Objectif 1er : les États-Unis comptent investir les marchés africains

Si jusqu’ici les États-Unis s’étaient contentés d’entretenir des relations bilatérales basées sur la politique du « not aid but more trade » à travers des programmes visant à soutenir l’économie des pays africains comme l’AGOA ou le Millenium Challenge Account, cette stratégie économique finissait toujours par se confondre avec d’autres priorités relatives à la sécurité, comme la lutte contre le terrorisme. À cela s’ajoutaient les traditionnels aides humanitaires ou d’urgence aux pays pauvres et en difficulté.

Ce sommet a donc été l’occasion de présenter la nouvelle stratégie économique des États-Unis dans le but de combler les retards pris sur les autres grandes puissances économiques que sont la Chine et l’Union européenne qui, en l’absence de la première puissance mondiale, ont renforcé et diversifié leur position, devenant ainsi quasi incontournables. Un chiffre illustre parfaitement cette situation, car seul 1% des produits qu’exportent les États-Unis dans le monde vont vers l’Afrique subsaharienne.

Objectif 2 : Combattre la menace terroriste à la source

La menace terroriste ne cesse de s’étendre dans le monde, notamment en Afrique où la faiblesse des États constitue un terreau fertile pour le recrutement idéologique, mais aussi la constitution de bases arrière dans lesquelles s’organisent des trafics en tous genres pour financer nombre d’actions. Des frontières poreuses, des institutions publiques en faillite, une pauvreté ambiante sont autant de faiblesse propice à la prolifération du terrorisme international. La situation politique en Libye, au Mali et plus généralement dans le sahel et sur la côte Est comme en Somalie, sont autant d’exemples d’États faillis en grandes difficultés et donc incapables d’assurer une sécurité optimale.

Il a donc été également question de rappeler aux dirigeants du continent ce qu’étaient leurs responsabilités face à cette menace notamment en matière de gouvernance, de droits de l’homme, de réforme des institutions, de transparence, de développement et d’émancipation des peuples.

Obama l’annonce ainsi : « L’avenir appartient à ceux qui construisent, pas à ceux qui détruisent. Il est difficile d’attirer des investissements et extrêmement compliqué de bâtir des infrastructures et d’encourager l’esprit d’entreprise au beau milieu d’un conflit ».

Objectif 3 : responsabilités des dirigeants, bonne gouvernance et démocratie sont les socles de la réussite

Même si l’économie a été le sujet principal de ce sommet, les États-Unis ont également tenu à rappeler qu’il était nécessaire d’installer un environnement politique propice au développement économique. En effet, et malgré ce que croit beaucoup, l’un ne va pas sans l’autre, notamment à Madagascar où l’on a tendance à délaisser les problèmes politiques au profit du tout économique, cela dans un vaste capharnaüm fait de trafics en tous genres, de monopoles, d’exploitation des personnes, d’expropriation, sans qu’aucune règle claire ne vienne encadrer cette situation où, finalement, seule la loi du plus fort s’impose. Et Barack Obama de dire : « Aussi cruciaux que soient ces investissements, la clé de la prochaine ère de croissance en Afrique ne se trouve pas ici aux États-Unis, mais en Afrique […] Le capital est une chose. Les programmes de développement sont une chose. Mais l’État de droit est encore plus important. Les gens doivent être capables d’envoyer des biens sans payer un pot-de-vin ou embaucher le cousin de quelqu’un ».

La déception de la diplomatie de mendicité

En effet, au vu des sujets débattus lors de ce sommet, il appert que les dirigeants africains qui pensaient trouver dans ce sommet un moyen de « mieux mendier » ont été déçus.

D’abord, les États-Unis ont tenu à remettre en cause les méthodes et les artifices constitutionnels qui permettent aux dirigeants malintentionnés de perdurer au pouvoir. Quelques dirigeants tels que Blaise Compaoré ou encore Paul Biya ont certainement reçu le message, même s’il n’est pas certain qu’ils se soumettent dans l’immédiat aux valeurs et à l’éthique prônées par leur hôte et futur partenaire commercial d’envergure.

De même, ceux qui pensaient que les États-Unis allaient se contenter d’augmenter leur volume d’aides (manne financière à la source de la mendicité diplomatique) au continent ont été désappointés, car en dehors des facilités commerciales qu’offre l’AGOA dont la pérennité n’est pour le moment pas assurée, les États-Unis ont annoncé un vaste programme d’aide publique et d’investissements privés. D’un montant de 33 milliards de dollars, l’initiative Power Africa vise essentiellement à doubler l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne pour pouvoir soutenir le développement, notamment, et on l’imagine, pour fournir en énergie les industries et les divers projets que l’Afrique devra mettre en place avec l’aide, l’expertise et la technologie fournis essentiellement par des firmes américaines.

Mieux, et comme nous l’avons annoncé dans notre réflexion [penser la diplomatie intelligente], l’Afrique ne pourra plus se réfugier derrière le doigt de la démocrature pour tromper l’opinion internationale : sans démocratie, point de salut. Tel est le message adressé par les Américains aux nombreux « dictateurs issus des urnes » qui dirigent les pays africains.

La dictature ou la démocrature ne passeront pas

La sécurité des affaires est tributaire de la stabilité politique, ceci est une évidence. Bien que cela ne soit peut-être pas perçu ainsi, les États-Unis posent tout de même des conditions à l’engagement de leurs investissements sur le continent. Comme entrée en matière, le vice-président Joe Biden a sciemment appelé les leaders africains à lutter contre le « cancer de la corruption ». Quant au secrétaire d’État, John Kerry, lui d’évoquer la nécessité d’ « une société civile forte, le respect de la démocratie, de l’État de droit et des droits de l’homme » […] : « nous presserons les dirigeants de ne pas modifier les constitutions pour leurs bénéfices personnels ou politiques » dit-il en substance.

Il est évident que les États-Unis ne suivront pas la voie empruntée par la Chine par exemple qui, dans sa politique étrangère, notamment en Afrique, évite de s’impliquer dans la politique intérieure des pays partenaires. Or la façon de faire de ces derniers a également ses limites, puisqu’ils contribuent par leur silence, face à l’hégémonie de certains dirigeants du continent, a suscité la méfiance, voire les critiques des populations autochtones qui sont, par ailleurs et le plus souvent, exclues des divers chantiers qu’entreprennent les firmes chinoises sur le continent. Comme si business, bonne gouvernance, démocratie, et droits de l’homme étaient forcément incompatibles.

« Penser une diplomatie intelligente » : possible contour du nouveau paradigme de la diplomatie américaine envers l’Afrique

Dans « penser une diplomatie intelligente », nous avons démontré que la « diplomatie de mendicité » a ses limites et n’est tolérée que sous deux conditions (l’acception de sa nature temporaire liée à la nécessité d’y recourir, et à condition que cela produise de la valeur ajoutée pour limiter la spirale de l’endettement). Par conséquent, il nous faut préférer une diplomatie basée sur des valeurs, mettant au centre l’humanité et fonde comme base l’ensemble (donc l’adhésion) des citoyens à la politique générale de l’État, soit le triomphe de la démocratie, donc la préservation (et non l’assassinat) et la promotion des (et non l’entrave aux) libertés.

Ce sont toutes ces leçons que le sommet Usa-Afrique a eu à nous enseigner. Car, à travers ces 3 objectifs, les États-Unis ont montré que même s’ils cherchaient à défendre leurs propres intérêts, ils le faisaient sur la base de valeurs universelles. On imagine dès lors la déception de certains chefs d’États africains qui avaient tout misé sur leur talent pour la mendicité, et ceux qui auraient voulu se faire une virginité politique pour mieux continuer à tromper la population dont ils ont la charge, à travers les fonctions et les responsabilités qui sont les leurs.

L’État malgache doit se focaliser sur les intérêts du pays

Nous encourageons donc les autorités malgaches à revoir la copie de leur politique étrangère, à ne plus déifier la diplomatie de la mendicité, mais plutôt à inscrire leur politique diplomatique dans les valeurs universellement reconnues comme la démocratie, en ce qu’elle impose la primauté du choix du peuple sur toute autre ambition des dirigeants.

Plusieurs questions demeurent cependant en suspend pour juger de l’efficacité des dirigeants malgaches actuels à relever ce grand défi

Nous nous interrogeons alors : allons-nous enfin faire appel au peuple pour élire les Maires ? Allons-nous enfin supprimer les lois liberticides votées à la va-vite par les députés ? Allons-nous enfin nous décider à nous occuper des trafiquants de bois de rose afin d’éliminer une partie de la corruption qui gangrène notre économie ? Allons-nous enfin améliorer l’état de nos institutions : une justice plus indépendante, une société civile plus audacieuse et responsable ; une armée plus soucieuse de la sécurité nationale ; un gouvernement plus à l’écoute du peuple ; un président qui se décide enfin à se débarrasser de son entourage connu pour leurs inclinaisons aux actes antidémocratiques, liberticides et vecteurs de tensions sociales inutiles ?
Allons-nous, enfin, démontrer au peuple que notre pays ne se développe d’abord que grâce au dynamisme et aux activités de ses citoyens eux-mêmes ?

Que choisissons-nous de regarder : la lune (notre responsabilité) ou le doigt (se complaire dans l’admiration stérile de quelques photos officielles et en tirer des conclusions qui ne sont pas à la hauteur ni n’expriment les enjeux réels)

Bref, avons-nous bien compris les leçons du sommet Usa-Afrique ? Car, comme dit l’adage : « lorsque le sage montre la lune, le sot ne voit que le doigt ». Quelle option nos dirigeants actuels ont-ils choisie ? Celui des « responsabilités » qu’a évoqué le président Barack Obama ou bien l’option de la frivolité, de la légèreté et du paraitre, comme cela a toujours été le cas jusqu’ici ?

Sans changement de mentalité, ce n’est pas ainsi que nous gagnerons le défi de « la nouvelle Afrique (…) pleine de promesses » comme le souhaiterait le président américain Barack Obama et d’autres diplomates actuellement en poste à Madagascar.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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