jeudi 24 août, 2017

Sortir de l’impasse politique : dix propositions pour le régime

Hery Rajaonariampianina

Nous avons le choix, soit laisser faire le régime fraichement installé et le regarder reprendre à son compte les vieilles recettes éculées et attendre qu’il s’écroule de lui-même, car viendra indubitablement le jour où il sera à court d’arguments, notamment répressifs, ou réagir et faire des propositions pour éviter le pire.

Hery Rajaonariampianina et Kolo Roger ne peuvent pas constamment faire l’autruche : leur méthode a failli. Ils doivent se ressaisir pour éviter que le pays ne sombre

Il est évident que le président Hery Rajaonariampianina et le premier ministre Kolo Roger ne peuvent continuer dans cette voie. L’inadéquation entre leur stratégie et les enjeux qui président à l’avenir du pays est chaque jour plus manifeste. Continuer à vouloir ne rien voir, ne rien entendre, ne rien savoir, condamnera à terme ce régime à l’échec. Or, une chute prématurée du régime fragiliserait un peu plus Madagascar et désorienterait davantage une population qui n’a jamais été aussi peu confiante envers leurs dirigeants.

Cette éventualité, nous ne pouvons par principe la souhaiter, c’est pourquoi nous pensons qu’il est de notre devoir de tenter d’orienter ce régime vers ce qui devrait être sa mission, faute de quoi, il échouera. Plus grave encore, il entrainera dans sa chute les institutions et plongera la population dans un nouveau cycle d’incertitude et de troubles.

Néanmoins, si le régime actuel persiste à adopter cette attitude qui consiste à nourrir les tensions en y opposant systématiquement une politique motivée par le tout répressif, cela sans se poser la question de sa propre crédibilité et de sa propre légitimité, alors il sera également de notre devoir d’en informer les citoyens malgaches et de les mobiliser afin qu’une alternative émerge, pour ne pas, justement, que Madagascar ait à nouveau à subir une crise injuste et inutile.

Certes nous n’en sommes pas encore là, c’est pourquoi nous nous permettons d’avancer dix propositions que le gouvernement de Kolo Roger est libre ou non d’adopter et de mettre en œuvre. Ce serait également pour ce régime l’occasion de revoir sa copie, et dans la logique, de changer de cap.

Deux objectifs clairs à atteindre

1. Garantir la stabilité politique du pays

Cette quête de stabilisation implique la nécessité pour le gouvernement de stopper ses activités autodéstabilisatrices et de démontrer que le « pouvoir » qu’il détient est « légitime ». En somme, la « stabilisation politique du pays » passe par cette quête de légitimité du pouvoir. Elle ne sera effective que si les valeurs qu’incarne le gouvernement obtiennent l’adhésion du peuple. Autrement, tout projet que le gouvernement tentera de mettre en œuvre sera voué à l’échec.

2. Obtenir la confiance des bailleurs de fonds

Le gouvernement doit se fixer comme deuxième objectif de retrouver la confiance pleine et entière des partenaires étrangers, sans quoi, les bailleurs de fonds ne débloqueront pas les aides financières dont le pays a besoin et nécessaires pour que l’État puisse mettre en œuvre sa politique générale.

Évidemment, ces deux objectifs majeurs ne se décrètent pas, ne s’obtiennent pas par des procédés teintés de roublardise, de ruse, ou sous couvert de discours emplis de valeurs démocratiques, mais dénuées de fond et de sens, et inapplicables.

La stabilité politique du pays (dont dépendent l’effectivité et la légitimité du pouvoir) et la confiance des bailleurs de fonds ne seront possibles que si des décisions politiques sérieuses et soucieuses du sort du pays sont prises et véritablement appliquées, cela dans un esprit de consensus et de sincérité. Exit également les déclarations d’intention sans lendemain, les démonstrations de force lexicales justes bonnes à nourrir des ego déjà surdimensionnés, mais sans aucun rapport avec la réalité des faits, du vécu et du quotidien de la très grande majorité de la population malgache.

Dix (10) solutions à mettre en œuvre de toute urgence pour sauver le pays de la menace du chaos qui le guette

Les dix (10) propositions sincères, sans arrières pensées, et répondant aux attentes de la population, et donc à l’intérêt national, que le régime de Hery Rajaonarimampianina sera invité à considérer afin d’empêcher le pays de tomber dans l’errance de l’incompétence, sont les suivantes :

1. Montrer de manière effective la légitimité du régime à travers l’organisation des élections communales pour cette année 2014

Le pouvoir actuel souffre d’un déficit flagrant de légitimité. Il a d’abord intérêt à remédier à cela. Créé à postériori et de toutes pièces, le HVM n’a en réalité aucun élu sous sa bannière. Dire le contraire est un abus de langage et une vulgaire tromperie. Le premier ministre n’a aucune base politique au sein de l’Assemblée nationale. C’est cette absence de légitimité qui explique cette navigation à vue dont fait preuve le régime dans la conduite des affaires nationales. S’adjoindre des cabinets de conseil, des groupes d’intérêt privé, des lobbyistes, brouille d’autant le message et participe à l’exclusion des uns et au renforcement déjà suffisamment perceptible d’une concentration du pouvoir.

2. Procéder au limogeage du ministre Rivo Rakotovao et au remplacement de l’actuel directeur de cabinet de la présidence, Henry Rabary-Njaka, sources identifiées de toutes les tensions politiques actuelles

Le président de la République doit sacrifier ses amitiés au nom de l’intérêt national. En tant qu’homme d’État, il ne doit pas hypothéquer l’avenir du pays pour des intérêts personnels, quitte à sacrifier ses amis les plus proches. Il doit garder en tête qu’il s’agit là d’une affaire nationale de haute importance, que ces deux personnes focalisent à elles seules toute la défiance de l’opinion publique, notamment de la presse à cause de leurs déclarations et de leurs décisions clairement liberticides. Libre à lui de les reclasser selon leur compétence respective, mais suffisamment loin du gouvernement pour ne pas continuer d’envenimer une situation chaque jour plus tendue.

3. Procéder à la « convocation » (à défaut d’arrestations puisqu’il n’y a encore eu aucune enquête) de toutes les personnes dont les noms sont mentionnés dans les documents traitant du trafic de bois de rose pour être entendus

L’objet de la convocation n’est pas tant d’inculper les concernés ni de douter de leur innocence, mais au contraire, pour témoigner de la volonté du régime de lutter réellement contre ce fléau et pour ceux dont les noms sont cités, de donner leurs versions des faits. Car ne rien faire alors que des éléments de suspicions semblent exister, discrédite le régime et, surtout, amplifie le doute quant à l’implication des autorités de l’État dans le trafic. Cette convocation doit faire l’objet d’une couverture et d’une diffusion publique.

4. Procéder à l’enquête approfondie des patrimoines déclarés par les responsables étatiques

Essentiellement ceux des membres du gouvernement et des députés et du président de la République, lui-même. Cette enquête approfondie dissipera les soupçons d’enrichissement illicite qui planent sur ces personnes.

5. Procéder à la consolidation du pouvoir de la presse, à travers la mise en œuvre de la dépénalisation des délits de presse et, surtout, par la constitution d’un fonds spécial devant servir à la presse pour pouvoir mener, convenablement, les investigations indispensables à leur fonction

Nous estimons que le délitement de la classe politique actuel, dont l’Assemblée nationale, censée contrôler les actions du gouvernement, nécessite le renforcement d’un « autre » pouvoir de contrôle afin d’éviter, justement, l’hyperconcentration du pouvoir dans les mains du seul exécutif. La presse est l’outil le plus à même d’incarner ce contre-pouvoir efficace, cela dans l’attente qu’une véritable opposition politique organisée et elle-même crédible et légitime ne se constitue.

6. Mener une stratégie de lutte efficace contre l’insécurité aussi bien urbaine que rurale

Cela implique la mobilisation de toutes les autorités de proximité à travailler de concert avec les responsables de la sécurité publique. Quant aux actes de grands banditismes situés dans les zones enclavées, la mise en œuvre d’une stratégie d’occupation militaire (donc de manière pérenne, avec des éléments dotés de moyens en hommes, en armes et en logistiques, etc.) dans certains points cibles est une priorité. Les opérations ponctuelles ne suffisent pas parce qu’il ne s’agit pas d’un problème « conjoncturel », mais largement « structurel ». Cette stratégie coercitive devrait être accompagnée par des projets d’éducation en faveur des citoyens, et également et surtout accompagnée de sanctions exemplaires vis-à-vis des autorités locales si celles-ci sont convaincues de complicité avec des bandits et facilitent ou autorisent ces actes ignobles. Contrairement à ce que dit le ministre de la Défense nationale, les « militaires » ne doivent pas être ni dans la rue ni dans les casernes, mais « au front », pour faire face aux Dahalo pour que le territoire national soit pacifié.

7. Procéder rapidement à la réorganisation de l’opposition à travers la mise en place de critères sérieux définissant le statut du chef de l’opposition

Depuis que la loi sur les partis politiques a institué un statut propre au chef de l’opposition, la convoitise a surgi chez ceux qui se réclament de l’opposition pour occuper cette fonction qui leur parait « juteuse et privilégiée ». Du coup, les responsabilités que devait incarner le chef de l’opposition ont été sacrifiées au profit d’une quête de gloire et d’honneur qu’offre le statut de chef de l’opposition. Par conséquent, la loi portant sur la réorganisation de l’opposition doit intégrer des critères précis et s’imposer à tous ceux qui aspirent à occuper ce poste. Par exemple, ne peut être candidat et désignée qu’une personnalité elle-même chef d’un parti d’envergure nationale et ayant eu au moins un élu durant les 5 dernières années, dont le parti dispose formellement d’un certain nombre d’adhérents actifs et à jour de cotisation, etc. Ces critères ont pour objectif d’écarter les candidatures fantaisistes, car l’enjeu que représente l’opposition dans une société qui se veut démocratique est à la fois important et sérieux.

8. Procéder au renforcement du contrôle aux frontières (aériennes et maritimes) de manière à juguler les trop nombreux trafics

Ce renforcement du contrôle a d’abord pour objectif d’identifier et de neutraliser tout élément de la fonction publique susceptible de faciliter ou de favoriser les trafics. Ensuite il s’agit pour l’État de reprendre la main sur les pertes colossales en termes d’impôt et de taxes qu’engendre le passage frauduleux de produits à forte valeur marchande ou encore la fuite de capitaux ou le trafic de devises.

9. Procéder à la mise en place d’un comité ad hoc pour étudier, analyser et réaliser les scénarios les plus sérieux garantissant le retour de l’ancien président de la République, Marc Ravalomanana

Un régime élu démocratiquement ne doit pas approuver le maintien d’un citoyen malgache en exil, car cela est non-conforme à la Constitution sur laquelle le président de la République a prêté serment. Ensuite, si le retour de Marc Ravalomanana est susceptible de créer des troubles à l’ordre public, il est du devoir d’un régime démocratiquement élu (censé détenir l’onction du peuple, donc légitime) de faire en sorte que cela ne se passe pas ainsi. Tout simplement parce que l’État dispose de suffisamment de moyens pour exercer ce qu’on désigne par « monopole de la violence légitime » en cas de trouble. Si le régime refuse de reconsidérer ce retour, c’est qu’il commet une forfaiture, car viole la Constitution, à moins qu’il veuille tout simplement avouer l’illégitimité de son pouvoir.

10. Convoquer des États généraux de l’économie en y intégrant l’ensemble des opérateurs pour faire le bilan de la situation économique réelle du pays et d’envisager de produire une série de propositions à mettre en œuvre suivant un calendrier d’action clair (actions dans l’urgence, à court, à moyen et à long terme)

Il s’agit, après avoir identifié l’ensemble des freins, des attentes et des besoins, pour le régime de définir avec le secteur privé et les partenaires financiers, la politique à mettre en œuvre pour relancer l’économie.

Ces dix propositions ne nous semblent pas inatteignables à condition d’être animées d’une volonté politique sincère et engagée. Elles ne sont pas exhaustives, mais au regard de la situation qui tend vers l’urgence, elles devraient s’imposer pour espérer amorcer un redressement du pays, pour renouer le contact et le dialogue entre ceux qui dirigent et le reste des acteurs que compte Madagascar.

A propos de l'auteur

Parfois freelance, souvent autodidacte, résolument indépendant, je suis passionné par les relations humaines, la politique et les nouvelles technologies que je conçois comme un outil et un vecteur d'émancipation.

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2 Comments

  1. Tanjona_2

    Pas forcément puisque l’objectif du HVM devrait être d’accomplir « l’intérêt national ». Ces propositions sont, conformes à cet objectif là. Ils sont officiellement et légalement « conseillers » (donc il n’y a pas d’erreur ni de mal de les désigner comme tel) bien que politiquement la légitimé du régime est douteuse. Quant à l’opposition, si personne ne semble répondre aux critères ainsi avancés, il revient d’une part au régime, et d’autre part, à tous ceux qui se soucient des choses politiques à Madagascar de construire un environnement favorable à l’émergence et, donc, à l’effectivité de tels critères dans la classe politique malgache car, encore une fois, c’est de l’intérêt national ce dont il est ici question et la seule chose qui nous préoccupe. Ces propositions sont adressées à ceux qui sont censés détenir le pouvoir politique, donc le pouvoir de changer ou de ne rien changer les choses. La responsabilité lui revient toute entière.

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  2. Ralamboahay

    bjr, je pense que vous refiler la papate chaude à HVM. vous dites les conseillers alors que vous savez bien qu’ils sont « illégitimes » (p.9)
    ensuite, pour l’opposition, et si personne ne répond aux critères que vous dites, que faire? le pays est sans opposition?

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